La semaine de l’Accès Libre: Pourquoi les articles scientifiques sont ils payants et pourquoi cela pose problème

Cette semaine, c’est l’Open Access Week, un événement dans la communauté scientifique qui permet de parler de l’Accès Libre.

Mais c’est quoi  l’Accès Libre?

L’Open Access est l’accès libre, gratuit, immédiat et sans restrictions des articles    scientifiques disponibles sur internet, avec l’autorisation de s’en servir librement.

startup-photos-largeVous avez peut être déjà remarqué que, parfois, quand vous cherchez un article académique, vous le trouvez sur des sites dont l’accès est payant. C’est pénible, mais on peut facilement comprendre pourquoi c’est normal: après tout, pourquoi serait-ce gratuit? Nous achetons bien des livres, en sachant que le prix en reviendra à l’auteur et à la maison d’édition… C’est bien notre participation qui finance leur production.

Ce n’est pas vrai pour la recherche scientifique?

C’était peut être vrai à l’origine. Les premières imprimantes ont permis la diffusion de connaissances, mais l’impression, notamment de figures en couleur, restait chère. Les revues scientifiques permettaient de regrouper les connaissances, de les publier pour les diffuser et le prix de l’abonnement finançait leur impression.

Les choses ont beaucoup changés. Avec l’apparition d’internet, et la numérisation des articles, le coût de la publication a baissé de façon très significative. Pourtant, le prix des revues ne cesse de croître.

Ces revenus ne financent pas la recherche. Les salaires des chercheurs, les expériences, le matériel… sont principalement financés par l’état et ses institutions, par les établissements de l’enseignement secondaire…

books-magazines-building-school-largeQuelle est donc la plus-value des revues qui justifierait ce prix ? L’évaluation par les pairs (essentielle pour la publication dans une revue) est faite bénévolement par des chercheurs. Ce n’est donc qu’à la toute dernière étape de la recherche scientifique que les maisons d’édition mettent la main sur les nouveaux savoirs, et les transforment en une source de revenu. Ensuite, les mêmes institutions qui ont permis la création des savoirs scientifiques se retrouvent à devoir payer des sommes incroyables pour y avoir accès.

Il est vrai que ces publications apportent un service – celui de trier et sélectionner les articles pour les regrouper par thème dans des revues. Sauf que, dans un monde numérisé, les moteurs de recherche peuvent rendre obsolète ces regroupements. Et la sélection faite sur les articles se base de moins en moins sur la qualité scientifique, et de plus en plus sur l’idée augmenter le facteur d’impact, et donc le prestige, de la revue. Cela mène à des biais, par exemple à la difficulté de publier des résultats négatifs et des réplications d’études.

stuttgart-980526_640Nous nous retrouvons donc dans une situation ou:
-environ 3/4 des articles académiques sont payants
-le prix de certaines revues ont augmenté de 145% dans les 6 dernières année
-un abonnement annuel à une seule revue, selon le sujet, peut coûter en moyenne entre 1317$ (en agriculture) et 4227$ (en chimie),
-et ou Elsevier (une des grandes maison d’édition) se fait des marges de 36%, et ce avec 7.2 milliard de chiffre d’affaire…

Dans cette situation, même Harvard, qui est pourtant une des universités les mieux dotées en moyens financiers, a été obligé de se désabonner de certaines revues.

Pourquoi l’Accès Libre est important

library-869061_640La critique s’étend bien au delà de la seule envie de ne pas payer. En sciences, le partage des connaissances est primordial. La construction de ces savoirs se fait de façon cumulative. Loin du modèle de la découverte faite par un scientifique, c’est un travail collaboratif, ou chaque découverte s’appui sur les travaux précédents.  La restriction de l’accès au savoir est donc un frein à l’innovation. Ce fonctionnement pénalise bien sûr de façon disproportionnée les petites écoles, ainsi  que les universités et institutions de pays moins riches, qui manquent déjà de moyens.

De plus, avec les nouveaux outils informatiques, il est possible de faire des analyses avec des méthodes impossibles jusqu’alors. On peut, par exemple, chercher simultanément dans de nombreux articles pour trouver toutes les instances où la même séquence génétique a été étudiée et si les résultats de ces études convergent, pour voir si il y a des corrélations entre les financements de la recherche et les résultats favorables, et plus largement, pour dégager des tendances (dont des tendances interdisciplinaires) que ne remarquerait pas un chercheur seul… Mais pour cela, il faudrait avoir accès à tous ces articles!

L’accès student-732012_640libre ne sert pas qu’aux chercheurs. Si, pendant nos études, nous voulons approfondir nos connaissances dans certains domaines qui ne sont pas enseignés en cours, ou parler d’une certaine recherche pour un dossier, nous sommes pénalisés. Quand nous serons psychologues, nous devrons continuer à acquérir des connaissances, par exemple, sur l’efficacité d’une nouvelle thérapie ou d’une technique de management qui nous intéresse, sur la validité d’un outil psychométrique que l’on voudrait utiliser, ou encore sur un médicament prescrit par un psychiatre à l’un de nos patients…

Nous ne pouvons pas nous fier aux médias, exagérés et peu réalistes, pour avoir ces informations. Ne pas avoir accès à l’article, c’est ne pas pouvoir utiliser notre sens critique pour évaluer l’information que l’on reçoit. C’est devoir accepter de croire des sources secondaires. Et si nous suivons des cours de psychologie expérimentale, c’est bien aussi pour qu’on ait les outils nécessaires pour évaluer la qualité et le sens d’une recherche.

Accepter de croire ainsi peut avoir des répercussions graves. Un médecin et chercheur raconte, sur PlosOne, sa rencontre avec un médecin en Afrique du Sud. A cause du résumé d’un article, il avait changé son traitement pour la prévention de la transmission mère-enfant du SIDA. Le problème,  c’est qu’il n’avait pas accès à l’intégralité du texte, qui lui aurait permis de remarquer que la recherche en question avait des failles importantes. Combien de personnes ont donc reçu un traitement inadapté et moins efficace, à cause du manque d’accès aux informations nécessaires à la prise de décision?

books-827943_640A l’inverse, l’accès libre peut mener à des améliorations concrètes dans les traitements. Par exemple, Jack Andraka, à l’age de 15 ans, a pu développer un nouveau moyen de détecter le cancer du pancréas grâce, en partie, aux informations qu’il a pu trouver en accès libre sur internet. Combien de découvertes pourraient être faites, si tout le monde avait accès aux connaissances scientifiques?

Certaines actions ont déjà été mises en place pour permettre l’accès libre. Quelques pays, et quelques organismes de financement de la recherche, obligent les chercheurs à poster leurs travaux en ligne (mais les maison de publication imposent en général une période d’embargo, ce qui est très handicapant dans les domaine ou les découvertes se font rapidement). Des modèles alternatifs de publication ont été développés (comme PlosOne, PeerJ, ArXiv…) Mais pour l’instant, de nombreux facteurs (dont la pression sur les scientifiques de publier dans des revues prestigieuses) freinent leur développement. Il y a encore du progrès à faire!

Pour approfondir

Côté sciences : qu’est-ce, au juste, que l’Open Access et pourquoi est-il important de le soutenir ? 
Open Access Explained! (Vidéo YouTube)
What Is Open Access? 
Open access: The true cost of science publishing
Green vs Gold Open Access 
Why open access is better for scholarly societies
Let’s shine a light on paywalls that deny open access to scientific research

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