en passant Colloque 1 – Derrière les murs: enjeux de la prise en charge thérapeutique

affichecolloqueprisontitrefinaleJeudi 22 octobre, nous avons accueilli 3 intervenants et plus d’une centaine d’étudiants autour de la question de la prise en charge thérapeutique en prison. Les échanges ont porté sur les relations sociales en prison, la prise en charge psychologique et la question de l’enfermement. Dans cet article, vous trouverez le coup de cœur de chacune des rédactrices, avec les concepts qui leurs sont reliés, les questions que ça nous a posées, et bien plus encore !

La promiscuité

Peut-être Hor Raviez vous remarqué cet espace délimité par un scotch marron dans le hall de l’école. 3 mètres sur 3, neufs m²; l’espace de vie moyen de 2 personnes en prison. Du moins en théorie puisque certain se retrouvent à 4 dans cette cellule étriquée. C’était le cas à la prison Saint Paul désormais lieu d’ouverture au savoir de la Catho. Mr L, ex-détenu, témoigne avoir vécu entre les affaires de ses compagnons de cellules comme dans un long couloir avec peu de confort: « A cause de cette promiscuité, les relations étaient exacerbées x1000; la tension, tout le temps palpable. » L’ambiance huit-clot a de quoi créer des embrouilles car c’est une « promiscuité subie » nous dit Mme Vittoz, psychologue carcérale. En effet l’espace de vie se rétrécie et est empiété par des alter-ego non choisis.

Ceci est ton espace vital, ceci est mon espace vital. Tu n’envahis pas mon espace, je n’envahis pas ton espace» (référence cinématographique)

La surpopulation dans les prisons ajoute à l’enfermement la présence constante de nombreuses personnes autoxpzhwz0kb7lm8goskdglur de soi. Peut-être connaissez-vos le concept de proxémie qui régit les distances socialement acceptable entre 2 individus? Et bien lorsqu’elles sont franchies ces zones créent de l’inconfort voir même de l’agressivité. Nier l’espace vital c’est aussi nier l’individu. Mr Offroy nous dit que les lieux d’enfermement poussent à une perte de repère voir à une dépersonnalisation. Ainsi l’espace privé, facteur d’humanité, qu’est la cellule est-il vraiment privée puisqu’il est fouillé, puisqu’il est partagé?

Pour aller plus loin:
Joanne, P., & Ouard, T. Constitution d’un espace d’enfermement Essai sur une phénoménologie de l’enfermement. ESPACES D’ENFERMEMENT, ESPACES CLOS, 21.


 La loi d’un jour

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Vivre en prison, c’est être privé de liberté, mais c’est aussi vivre dans un environnement particulier. Un environnement où ce qui est permis un jour ne l’est pas le lendemain, où les lois sont changeantes et imprévisibles.
Car en effet, en prison, il y a deux lois. Celle, explicite, qui interdit les drogues, l’alcool, les trafics, et celle, implicite, qui dit que ce qui reste discret est permis, qu’il existe un équilibre que les gardiens ne veulent pas perturber… Cela crée une sorte d’injonction paradoxale, qui empêche les détenus d’avoir une vision claire de la situation, de définir ce qui ne va pas et de chercher des solutions.

prison-553836_640De plus, si le règlement est maintenu, c’est de façon très aléatoire. C’est une des expériences qui a marqué Mr L, et qu’il appelle la ‘loi d’un jour’. Une action qui est punie un jour ne le sera pas le lendemain, et ce sans raison ou explication. Il est donc impossible de prévoir à l’avance les conséquences de ses actions. Or vivre dans un environnement prévisible et stable est un besoin important. L’imprévisibilité est source d’anxiété, elle donne un sentiment d’impuissance. Les expériences de Masserman sur la névrose expérimentale montrent le fait qu’être face à des problèmes sans solution, des punitions imprévisibles et/ou inévitables, et les longues périodes de confinement et de monotonie, mènent à des comportements complètement inadaptés. Or cela ressemble beaucoup à ce qui se passe en prison!

Du point de vue du comportementalisme, la punition aléatoire des comportements indésirables est totalement inefficace et peut même mener à la persistance de ces mêmes comportements. Les actions des gardiens sont donc en contradiction avec ce qu’ils disent vouloir (l’adhésion au règlement), et mènent plutôt à un maintien du statut quo, et cela au coût du bien être des détenus.

Quand on ajoute à cela la variabilité des règlements selon les prisons, le sentiment d’injustice face aux gardiens qui eux ne subissent pas les même conséquences pour le non respect du règlement (« deux poids, deux mesures »)… Tout cela crée une situation déstabilisante, insupportable. Mr L décrit le besoin de sortir, l’impossibilité de vivre cela. On peut donc se poser des questions sur l’impact de cet environnement sur la réinsertion, ou même plus largement sur la santé mentale des détenus.


L’obligation de soins

GB

En bref, l’injonction de soins concerne les délits ou crimes à caractère sexuel (loi de 1998). L’obligation de soins, quant à elle, peut concerner tout type de crimes et délits. C’est à partir du constat suivant que des obligations de soins ont été mises en place en milieu ouvert: la récidive est très fréquente en sortie de prison chez les auteurs d’actes de délinquance.

Aurélie Vittoz, psychologue en milieu carcéral a évoqué le fait que les psychologues ne sont pas formés à l’obligation de soins, et c’est vrai, comment nous, psychologues, pouvons travailler avec un patient qui justifie sa présence par cette phrase: « on ma dit de venir » ? La visible incompatibilité entre obligation et soins psychiques saute aux yeux !

Comment mettre en place des soins et une relation d’aide dans un cadre en parti défini par la justice où papiers administratifs, vision sécuritaire et enjeux de justice s’entre-mêlent ? Il est indispensable que le psychologue réussisse à trouver une position d’équilibre entre son cadre à lui offrant au patient un lieu de parole sûr ainsi qu’une rencontre aidante avec lui-même où il pourra entamer un processus de changement et le cadre imposé par la justice. La difficulté peut aussi venir de la demande: comment créer un relation d’aide avec un patient dont le seul objectif énoncé est d’obtenir un papier justifiant de sa présence. Le rôle du psychologue peut être d’aider le patient à s’approprier ce lieu de soin, de l’aider à faire la différence entre ce qui relève d’un travail personnel et ce qui relève de la justice. Comme la souligné Aurélie Vittoz, l’obligation de soins est importante, notamment pour les patients qui ont du mal à aller vers le soin (ou qui ne comprendraient pas la raison de cette obligation). C’est une obligation qui, une fois appropriée par le patient, permet de donner un cadre contenant et par-excitant aux vécus et situations potentiellement déstabilisantes à leur sortie de prison.

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Pour aller plus loin:


Positionnement du psychologue

GD

Les études nous apprennent une certaine forme de clinique, un positionnement clinique théorique. Le psychologue travaille à partir de la demande du patient, il est dans la neutralité bienveillante. Il ne partage que peu de lui, l’entretien étant un lieu d’expression dédié au patient. Mais, quand on ne travaille pas avec Monsieur et Madame Tout-le-monde, faut-il s’accrocher à ces principes, les premiers a avoir été posés comme squelette de notre positionnement professionnel ?

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Mme Vittoz, psychologue carcérale, insiste justement sur le contraire. Ancienne de l’EPP, elle affirme pourtant : « Avec les détenus, il ne faut pas travailler selon la clinique apprise à l’école ». L’écoute bienveillante, d’accord, mais pas de neutralité. Il faut se montrer en tant que personne, communiquer, partager un peu de soi, pour amener les détenus à vouloir amener quelque chose d’eux-mêmes en entretien.

Travailler avec la demande du patient ? Dans le milieu carcéral, il n’y a souvent pas de demande, au moins au début. Le psychologue travaille la demande avec le patient, il lui permet de se l’approprier. Une non-demande initiale peut se transformer au fil des séances et de la construction de l’alliance thérapeutique.

Le milieu carcéral n’en est sûrement pas le seul exemple. Alors, futurs psychologues, gardez à l’esprit que le mot d’ordre ici, c’est l’adaptabilité !

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