Une nation en deuil

Vendredi 13 novembre 2015

Cette funeste date où la France a connu l’attaque la plus meurtrière de son histoire depuis la 2nde guerre mondiale sera désormais gravée dans les mémoires et les manuels scolaires. Seulement 10 mois après l’attentat de Charlie Hebdo où le symbole de la liberté d’expression avait été atteint, cette fois le fanatisme n’a pas pris pour cible nos symboles et nos soldats mais, nos amis et nos familles. Nombreux sont ceux qui ressentiront cette attaque plus douloureusement que celle du 7 janvier dernier car, non-contente d’être plus meurtrière, elle semble aléatoire.

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Terrorisés et endeuillés. Voilà comment se sont réveillés les Français au lendemain de ces attentats. Les réactions furent nombreuses et poignantes, mais ce qui subsiste après la surprise, c’est l’incompréhension. L’incompréhension face à une guerre (car nous sommes bien en guerre) certes conduite par la violence, mais commanditée par l’ignorance. Cette guerre, nous vous invitons à la désamorcer, à ne pas l’alimenter et, pour ce faire, à vous instruire.

Comprendre la domination de DAESH au Moyen-Orient en 7 minutes :

Définition du deuil

L’équipe du DailyPsy refuse donc de laisser ses camarades dans cette pénible incompréhension et souhaite leur proposer quelques pistes de réflexion sur ce que nous sommes tous, en tant que jeunes et candides citoyens français, en train de ressentir.

« Le deuil est la réaction habituelle à la perte d’une personne aimée ou d’une abstraction mise à sa place, la patrie, un idéal, la liberté, etc. » Sigmund Freud, 1940, p. 146.

Grossièrement, le deuil est l’incapacité momentanée à rediriger la libido qu’un individu a placé sur une personne décédée, mais également un objet perdu, une idée bafouée, etc. Il est donc tout à fait sain d’être endeuillé pour ceux parmi vous qui n’ont perdu aucun proche ou connaissance dans ces attaques terroristes, car c’est votre sentiment de sécurité qui est mort lors de l’annonce du bilan humain.

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Le travail du deuil en psychologie

Plusieurs éminents psychanalystes, psychologues et autres érudits ont tenté de décortiquer les étapes par lesquelles nous passons tous à l’annonce d’une funeste nouvelle.


  • Isabelle Delisle (professeur de gérontologie et thanatologie).
    3 étapes : critique, cruciale, créatrice.
  • Michel Hanus (1936-2010 – psychiatre et psychanalyste)
    4 stades : refus, colère, dépression, régression.
  • John Bowlby (1907-1990 – psychiatre et psychanalyste)
    4 phases : d’engourdissement, de languissamment et recherche,
    de désorganisation et désespoir, de réorganisation.

Mais de toutes les théories, celle d’Elisabeth Kübler-Ross (1936-2004) est la plus souvent mentionnée. La psychiatre helvético-américaine précise que chaque personne possède une façon très personnelle de gérer son deuil, les étapes peuvent donc se produire dans un ordre aléatoire et tout le monde ne passe pas forcément par toutes.

Voici sa version du travail de deuil en 5 étapes :

  1. Déni : « C’est impossible, ils se sont trompés. »
  2. Colère : « Ils mériteraient la peine de mort si on les attrape ! »
  3. Négociation : « Les médias grossissent sûrement les chiffres pour faire de l’audience, ça ne peut pas être si grave que ça. »
  4. Dépression : « C’est le début de la 3° Guerre Mondiale… »
  5. Acceptation ; qui signifie que le travail de deuil est terminé.

A la rédaction, nous trouvons cette version plutôt intéressante à cause de cette dernière étape car, c’est à la suite de celle-ci que la vie peut reprendre son court. En attendant cette ultime étape, le temps semble en suspens, l’atmosphère est pesante, on ressent en permanence le poids de la perte que l’on vient de subir.

Mais contrairement à ce que certains peuvent penser, accepter ce n’est pas tourner le dos aux victimes, faire l’autruche ou encore trahir ses valeurs. Accepter, c’est arrêter de lutter contre ce qui a pu choquer, arrêter de chercher à tout prix du sens, arrêter de chercher un coupable à blâmer. Accepter, c’est pouvoir se souvenir, rendre hommage  et, à terme, pouvoir en rire, ce qui reste le plus libérateur (c’est pas Charb et Cabu qui nous diront le contraire).

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La double-peine

La double-peine est un concept issu de l’ACT (en français, Thérapie d’Acceptation et d’Engagement). Face à un événement ou une nouvelle désagréable voire traumatique, la souffrance est inévitable, envahissante. Le réflexe naturel et systématique revient à lutter contre cette souffrance, vouloir la faire disparaître, lui donner du sens, se mobiliser, se battre, etc. Finalement, toute cette gesticulation amplifie et s’additionne à cette première peine qui nous a d’abord immobilisé.

« La souffrance ne grandit pas, c’est ce que l’on en fait qui peut grandir l’individu », Alexandre Jollien (philosophe).

Pour lutter contre cette deuxième peine et la paralysie qui la suit de près, il est utile (et salvateur) de se poser un instant, réfléchir et observer nos ressentis et vécus, en discuter avec notre entourage. Si vous vous retrouvez incapables de passer à autre chose, coupés de vos envies et de votre motivation car la souffrance prend toute la place, ne réagissez pas de façon massive ou irréfléchie. Comme le dit le célèbre adage, « il faut laisser le temps au temps ».

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Le syndrome du survivant

Aussi appelé Syndrome de Lazare (personnage biblique revenu d’entre les morts), il s’agit d’un dérèglement de la perception de son environnement suite à un traumatisme ou une expérience de mort imminente. Rien n’a changé, mais tout à changé, car tout à coup, tout semble plus menaçant, comme si l’on voyait le monde à travers le regard d’un autre. Ce trouble proche du PTSD (post-traumatic stress disorder) peut se traduire par :

  • une angoisse existentielle
  • une instabilité émotionnelle
  • une diminution de l’estime de soi
  • une culpabilité vis-à-vis des disparus

Pour ceux qui ressentent de la culpabilité, de l’injustice ou du désarroi face à des événements qui dépassent l’entendement, il faut alors passer de la survivance à la résilience. En donnant du sens à sa survie, il est possible de se remettre sur les rails, et celui-ci peut prendre autant de formes qu’il y a d’individus en souffrance. Certains s’habilleront en noir, d’autres se mobiliseront dans des lieux symboliques, allumeront des bougies à leur fenêtre, posteront des messages de soutien aux familles des victimes sur les réseaux sociaux, etc. Au DailyPsy, on préfère sublimer.

 

C’est donc une France touchée par la mobilisation d’un impressionnant nombre de pays dans le monde entier (et pas seulement Occidentaux). Face à une menace exogène, une coalition internationale exceptionnelle s’est produite sous nos yeux. Liés par un ennemi commun et mus par un désir de résistance, des groupes se forment. Qu’ils soient micro (débat organisé par l’école ce mercredi 18 novembre) ou macro (union nationale ou entonnement de la Marseillaise à l’ONU), les liens se tissent et se resserrent sous le signe d’une alliance face à la barbarie.

Vous aurez eu le plaisir de visionner le talk-show de John Oliver (5 millions de vues en une journée) et sa vision des attentats sur Paris. Le message qu’il véhicule est plus important dans la forme que dans le fond ; rions dès maintenant aux visages de nos assaillants.

 » La violence est la mère autoritaire de la peur, et sa fille lâche lui demande de se manifester.  » Nicolas José Isola.

Rappelons enfin que, bien que rassemblés derrière une nation, un drapeau et des valeurs, nous ne sommes pas les uniques cibles de la barbarie. Chaque jour, des milliers d’hommes, femmes et enfants sont assassinés, torturés ou encore vendus dans les zones contrôlées par DAESH. Nous en observons depuis quelques mois les symptômes dont l’un des plus impressionnant reste la migration massive vers les pays de l’Union Européenne des populations persécutées.

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Souvenons-nous enfin que la violence est millénaire. Elle n’a ni nation, ni religion, ni couleur de peau. Rendons hommage à nos morts, mais ne nous rassemblons pas uniquement derrière notre drapeau, car nous sommes toutes et tous les victimes de ces crimes contre l’Humanité.

 

L’équipe du DailyPsy.

 

Vincent Lucenet avec l’ensemble de la rédaction :

  • Gabrielle Bouvard
  • Hortense Rabany
  • Vicky Schmitt
  • Gabrielle Daumas
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