Conférence – Prise en charge des personnes SDF

Pour notre première conférence de l’année, nous avons reçu, le jeudi 13
octobre, deux professionnels: Aymeric Monet – psychologue et Baptiste Peycelon – éducateur. Ces derniers nous ont présenté les différentes modalités d’accompagnement des personnes sans abris, les dispositifs existants pour la gestion de cette population, le problème de l’auto-exclusion mais aussi les difficultés de leur travail quotidien.

Dans cette retrospective nous nous intéresserons plus précisément au lien  qui existe entre la grande précarité et le système d’attachement.

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Si l’on traite la question de l’accompagnement des personnes sans domicile dans un paradigme clinique ; on remarque que c’est cette exclusion sociale, cette perte d’identité, les conditions de vie précaires qui sont à l’origine de nombreux troubles psychiques particulièrement présents chez cette population.

La modification des liens sociaux qui découlent de l’exclusion sociale influence l’émergence de nouveaux troubles psychiques s’inscrivant dans le champ des pathologies limites ou des troubles schizophréniques (défenses projectives et paradoxales, clivage du moi, désubjectivation et processus de non-pensée, attaque du lien…). L’exclusion peut amener un certain nombre de signe de coupure avec soi-même; comme une anesthésie partielle du corps comme le mal de dos, ne plus rien ressentir ou bien ne plus penser. Les professionnels travaillant avec cette population sont donc soumis à une multitude de projections non élaborées car la précarité et la désocialisation ont tendance à contaminer les processus psychiques.

Les SDF et leurs situations liminaires confirment que la précarité est un processus de pré-disparition de la scène sociale. La « marge » de la société peut donc être pensée comme un espace interstitiel ou sont reléguées des non-pensées en attentes de symbolisation.

L’absence d’élaboration de cet espace  condamne donc les possibilités de réinsertion dans l’espace collectif. Cette notion d’espace interstitiel se rapproche du concept de « l’espace poubelle » de René Roussillon, un espace sacrifié pour contenir les résidus non symbolisés. Lorsque les capacités de contenance sont dépassées, les résidus contaminent le système global et son fonctionnement. Il est donc évident que l’intervention des professionnels se mobilisera sur cet espace et son organisation.

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En ce qui concerne les sans-abris, l’élaboration de ces « résidus » de cet « espace poubelle » s’inscrit dans une fonction apaisante et maturative pour l’individu en perte d’identité. Cette métabolisation des éléments archaïques projetés par les sujets désocialisés peut être comparée aux fonctions maternelles primaires et plus globalement à la relation mère-enfant définie par Winnicott (holding, handling, nursing).

Comme nous le fait remarquer Aymeric, psychologue intervenant, le cadre, en situation de précarité à un rôle de contenance, de portage voir de « nourrissage ». Effectivement, il n’est pas rare de voir les professionnels accompagner les usagers dans leurs démarches administratives afin d’orienter ces personnes en manque de sécurité vers une réinsertion sociale. Cette fonction de membrane, d’enveloppe, contient la partie « désorganisée » de la personnalité. Elle permet de filtrer et de métaboliser les éléments nocifs provenant d’un monde précaire et désorganisé.

                        Cet aspect de la relation est primordial dans ces situations puisqu’elle montre que la désocialisation dont souffrent les personnes sans abris est avant tous une pathologie du lien, du lien à soi-même, aux autres et au monde.

Comme le remarque Declecrk: « dans le champ de la grande précarité, les soignés se présentent comme s’ils étaient condamnés à répéter des passages à l’acte auto-destructeur ». Par ailleurs ce dernier note certaines constantes dans l’histoire des personnes en grande précarité; comme des dysfonctionnements précoces dans l’enfance ou une accumulation de traumatismes psychiques et physiques. De même, les sociologues et les travailleurs sociaux repèrent généralement dès l’enfance un éloignement du cadre familial. Aymeric illustrera ce propos en précisant que 40% des SDF ont eu un parcours ASE (aide sociale à l’enfance).

J.Bowlby met l’accent sur les les effets de la carence de soins maternelle. Cette défaillance donne lieu ultérieurement à des relations affectives superficielles et à une inaccessibilité à l’autre. La préoccupation « maternelle » apparaît donc comme centrale dans la relation entre les professionnels et les personnes sans domicile. Cette relation, à l’image de celle de la mère et de son bébé ne doit pas tomber dans l’assistanat et être « suffisamment bonne » c’est à dire progressivement frustrante (selon le sens Winicottien). Le clinicien se doit donc de soutenir cette fonction maternelle qui fait défaut chez les personnes en grande précarité, tout en laissant place au manque ; afin d’éviter les relations symbiotiques aliénantes et permettre à l’individu de réapparaître sur la scène sociale en temps que sujet.

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