Interview : Sophie Wellens, psychothérapeute TCC

Madame Sophie Wellens est psychologue, psychothérapeute, formée aux TCC, c’est à dire aux thérapies cognitivo-comportementales. Dans notre société française qui demeure très marquée par l’influence de la psychanalyse, elle nous offre une vision nouvelle du soin basée sur la collaboration avec le patient.

On se penche tels deux scientifiques sur le problème

Pouvez vous me présenter votre parcours universitaire et professionnel ?

J’ai fait un bac ES puis j’ai fait un an de psychologie à la fac catho de Lyon. Ensuite, j’ai présenté le concours de Psychoprat. Donc j’ai fait mes 5 années de l’EPP à Lyon avec une option psychopathologie et avec des stages assez divers que ce soit en oncologie, en soins palliatifs, et en recrutement pour le stage entreprise. On va dire que j’ai fait pas mal d’hospitalier. J’ai également fait une formation en thérapie brève orientée solutions avec l’organisme « chagrin scolaire » qui était très intéressante. Ça m’a donné les premiers abords de tout ce qui est thérapie systémique. Il y avait aussi la formation en criminologie durant l’été à l’université de Montréal. Et puis quand je suis sortie de l’école, j’ai commencé le DU TCC de Lyon-Chambéry qui se déroule en 3 ans.

Au niveau professionnel, j’ai travaillé 6 mois en oncologie/ soins palliatifs à Lyon. En même temps, j’ai ouvert mon activité libérale. A côté, j’ai fait encore 5 mois en hôpital de jour adulte en psychiatrie adulte. Voilà donc en ce moment, je suis uniquement en libérale et je suis aussi jury de concours pour les éducateurs spécialisés, concours d’infirmiers, moniteurs éducateurs, de façon ponctuelle, mais je trouve cela très intéressant. Je dispense également un petit module de cours à l’EPP sur les recherches de stage en deuxième année.

Lors des stages que vous avez effectué à l’école, vous m’avez dit avoir découvert la systémie, aviez-vous déjà eu une approche des TCC également à ce moment-là ?

Non, c’est seulement après l’école. Les pratiques pendant mes stages étaient beaucoup plus orientées psychodynamique, analytique, un peu humaniste, mais vraiment pas de TCC.

Et comment avez-vous découvert les TCC et voulu vous orienter vers ce type de prise en charge ?

J’ai fait une prise en charge personnelle en TCC et ça a été vraiment une révélation parce que cette pratique me correspondait énormément. Je me sentais active dans ma thérapie, on m’expliquait beaucoup d’éléments, j’apprenais énormément de choses donc oui pour moi ça a été vraiment une révélation. De plus, on avait un module de TCC à Lyon, en quatrième année et le professeur intervenait 2/3 journées pour vraiment présenter les TCC. Ce cours m’a passionnée donc j’ai lu beaucoup de livres en lien avec les TCC et j’ai surtout découvert  que je disposais de beaucoup de livres dans ma bibliothéque avec une pratique TCC sans le savoir avant de mettre le doigt dessus  ! Par la suite, quand je suis sortie de psychoprat, j’avais l’impression d’avoir appris beaucoup de choses, mais de ne pas être outillée. J’avais l’impression d’avoir beaucoup appris à diagnostiquer, mais pas à avoir une approche thérapeutique et je me sentais un peu démunie, j’avais vraiment besoin d’outils concrets. Je ne sais pas si c’est parce que je démarrais, que je sortais de l’école, mais en tout cas, j’avais ce besoin-là et je me suis donc rapprochée des TCC, car ça correspond à ma vision du soin. C’est une approche très collaborative avec le patient, souvent, on dit qu’on se penche tels deux scientifiques sur le problème, et je trouve ça génial. On cherche vraiment à comprendre les processus qui sont à l’origine du problème, on cherche à comprendre ce qui les maintient, les renforce et donc à partir de cela, on peut émettre des hypothèses et démarrer un travail ciblé.

Avez-vous souhaité à un autre moment ou en parallèle vous former à un courant différent des TCC ?

Non principalement les TCC en fait ! C’est mon grand référentiel, j’utilise parfois la thérapie systémique en autre, mais très légèrement et ça ne s’éloigne pas tant que cela des TCC au final. Dans ces deux courants, on a un mode de réflexion, un mode de conceptualisation des problématiques qui sont assez similaires. Oui, surtout sur la conceptualisation du problème, sur le côté processus : qu’est-ce qui se met en place et qu’est-ce qui maintient.

Et comment se former en TCC ?

Alors il y a plusieurs choix: il y a l’AFTCC (Association Française de Thérapie Comportementale et Cognitive) qui propose des formations en deux ou trois ans, il y a des formations en ligne, mais je ne suis pas trop pour ça, de mon côté, j’ai fait un DU donc un diplôme universitaire complémentaire qui est délivré par les facs. C’est vraiment bien mais c’est vrai que c’est exigeant car ça dure 3 ans, qu’il faut faire un mémoire chaque année et que ce sont de grosses journées de travail où chaque journée aborde un thème précis. Ce qui est génial dans les DU ce sont les supervisions autour de la pratique TCC, c’est vraiment important.

Quels sont les outils, les techniques les plus utilisées en TCC ou celles que vous utilisez le plus dans votre pratique quotidienne ?

Je dirai toutes en fait. Une pratique TCC, ça commence par une analyse fonctionnelle qui est une conceptualisation du problème du patient. On cherche le problème cible, est-ce qu’il y a des anticipations, dans quelles situations ça se passe, quelles émotions et pensées ça suscite, quel comportement est alors mis en place, etc. En fait, c’est une grille qu’on fait pour chaque problème. On a aussi un gros travail de psycho-éducation qui est finalement d’expliquer au patient son trouble, comment il marche et comment il se maintient, comment il se renforce. Et la psycho-éducation, je trouve que c’est quelque chose de magique, car le patient a besoin de comprendre comme ça marche, une fois qu’il a compris, c’est dix fois plus facile pour lui d’agir. On utilise aussi beaucoup en TCC l’outil du DSM (Manuel Diagnostique et Statistique des Troubles Mentaux). Par exemple, on va dire au patient « Je pense que vous avez un trouble panique » et on ouvre le DSM avec le patient et on regarde ensemble pour qu’il voit ce qui lui parle et ce qui lui parle moins. Et le fait d’avoir bien souvent le nom d’un trouble ça peut être très structurant pour le patient, surtout pour tout ce qui est attaque de panique et trouble panique, car les gens sont complètement démunis, ils ont l’impression que ça les dépasse, ils ne comprennent pas pourquoi ils ont ça et pourquoi ils ressentent ça. De pouvoir mettre un nom ça permet de voir que c’est reconnu scientifiquement et que d’autres personnes en souffrent.

On est sur un triptyque en TCC : on utilise à la fois des outils comportementaux, des outils émotionnels qui peuvent aller dans les outils comportementaux et des outils cognitifs. Je dis « comportementaux », c’est-à-dire qu’il y a beaucoup d’expositions, de la désensibilisation, des jeux de rôles. Pour les outils émotionnels, il y aura beaucoup de psycho-éducation sur les émotions et puis il y a aussi l’apprentissage de techniques de relaxation. Et tout ce qui est cognitif portera plus sur l’observation et la critique des pensées. Les trois piliers sont vraiment en lien, parfois quand on est dans le comportemental ça fait appel à l’émotion ou à la pensée donc pour moi il n’y a pas plus une technique, mais c’est vraiment l’articulation de ces 3 piliers. Mais cette liste n’est pas exhaustive et les techniques utilisées sont multiples.

Avec quels types de patients travaillez-vous tout particulièrement ? Et pour vous, il y a-t-il des patients pour lesquels une thérapie TCC serait préconisée ?

Dans ma pratique personnelle, je ne reçois que des adultes, en libéral. Les trois-quarts viennent pour des troubles anxieux : ça peut être des troubles paniques, des phobies, une anxiété sociale, des TOCS, etc. Et il me semble que c’est très efficace dans les troubles anxieux, mais aussi pour les PTSD (état de stress post traumatique), la dépendance, les troubles de la personnalité, car il y a tout un volet thérapie des schémas. Je travaille énormément avec les troubles anxieux et je l’utilise aussi beaucoup pour tout ce qui est « estime de soi abîmé » parce qu’il y a de très bons outils d’affirmation de soi. Après là où je me suis trouvée limitée, mais je n’ai peut-être pas encore la bonne approche ou les bons outils, c’est avec des patients qui ont un niveau cognitif un peu plus léger. C’est notamment plus compliqué pour tout ce qui est travail cognitif. Cependant, on peut travailler autrement et il y a très certainement des outils en TCC qui permettent de travailler avec les patients qui ont des troubles cognitifs, par exemple beaucoup de psychothérapeutes TCC travaillent avec des schizophrènes.

En moyenne, combien de temps dure une thérapie TCC ?

Souvent, ce sont des thérapies brèves ou « moyennes » mais c’est compliqué à dire car cela dépend beaucoup de la sévérité du trouble et s’il y a des comorbidités ou non. Un problème ciblé, par exemple, une phobie de l’avion simple sera plus facile à traiter que des troubles de la personnalité, mais là encore ça reste très variable. Pour ma part, lorsqu’un patient me demande combien de temps la thérapie va durer, je ne peux pas lui répondre. Mais pour vous donner une idée, c’est rare que je vois des patients plusieurs années.

Quels sont pour vous les apports et les manques des TCC par rapport à d’autres types de thérapies ? (domaines non explorés, etc )

Pour moi, on peut utiliser les méthodes et outils TCC pour chaque problématique. Beaucoup de psys TCC travaillent aussi bien avec des enfants que des adultes et sur diverses problématiques donc on peut ratisser large. Concernant l’exploration de l’enfance, nous irons peut-être moins dans l’introspection par exemple, mais on retourne néanmoins toujours dans le passé pour comprendre comment le problème est apparu. Surtout que désormais il y a les TCC troisième vague qui sont vraiment larges, je pense par exemple à la mindfullness, l’EMDR, l’ACT, etc ce sont des thérapies qui ouvrent des possibilités énormes finalement.

Que conseilleriez-vous aux étudiants qui voudraient se spécialiser en thérapie TCC ?

Il faut y aller si ça fait cohérence avec votre vision du soin, qui est quelque chose d’actif et de collaboratif en TCC. C’est un outil que j’utilise tellement quotidiennement que j’aurai du mal à faire sans, donc si on est passionné, il faut vraiment se lancer ! Il y a le côté formation longue qui peut décourager surtout quand on sort du diplôme, on n’a pas toujours envie de refaire 3 ans d’études ce qui est normal. C’est vrai, c’est une approche qui demande beaucoup de temps, car comme tout apprentissage, il faut avoir le temps de le tester, de le mettre en place, d’y revenir. C’est un apprentissage passionnant déjà sur le plan théorique et, personnellement, j’y ai fait des très belles rencontres que ce soit au niveau des professeurs ou des professionnels qui étaient là avec moi. Pour moi, ce fut une formation très riche humainement parlant et professionnellement parlant.

Encore un grand merci à Madame Sophie Wellens du temps qu’elle nous a accordé pour cette interview et de nous avoir fait partager sa passion des thérapies cognitivo-comportementales !

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s