Le syndrome de Stockholm

Le syndrome de Stockholm tire son nom d’un événement avenu dans la ville du même nom, en Suède en 1973. Six malfaiteurs envahirent la Banque du Crédit Suèdois afin de tenter de la dévaliser. Pendant plusieurs jours, ils retinrent en otage les employés présents dans les locaux au moment de l’assaut. Lors de leur libération et à la surprise générale, les fonctionnaires pris en otage clamèrent leur sympathie pour leurs agresseurs et témoignèrent ensuite en leur faveur devant le tribunal. Ainsi en 1978, le psychiatre Frank Ochberg nommera « syndrome de Stockholm » la sympathie, voire l’identification, d’un otage à son ravisseur, sans manipulation de la part de ce dernier. Le cas qui demeure aujourd’hui le plus célèbre est celui de Patricia, petite-fille d’un membre influent de la presse américaine, enlevée par un groupe d’extrême gauche en 1974. Elle adhèra dans un premier temps à la cause de ses kidnappeurs allant jusqu’à les assiste de son plein gré pour des braquages, tout en dénonçant publiquement sa famille et son milieu d’origine. Elle se verra condamnée à sept ans de prison, ramenés à deux par le président Jimmy Carter, un doute subsistant quant à son degré réel d’implication.

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Trois signes permettent de constater la manifestation d’un syndrome de Stockholm chez un individu :

  1. la victime développe progressivement un sentiment de compréhension, d’attraction, de sympathie, d’amitié, face aux faits et gestes et au discours de l’agresseur
  2. les manifestations initiales de gratitude se prolongent dans le temps, contribuant au fait que la victime ne se plaigne d’aucune agession, violence ou maltraitance
  3. la victime, au lieu de s’opposer à son agresseur, cherche à justifier l’acte criminel de celui-ci, en rejetant la cause de son attitude terroriste sur le gouvernement en place, les inégalités socio-économiques et les injustices dont sont victimes les couches les plus défavorisées de la société.

De même, pour que ce syndrome puisse apparaître trois conditions sont nécessaires :

  • La cause, souvent idéologique, défendue par l’agresseur doit pouvoir justifier son acte aux yeux de ses victimes
  • La neutralité affective de l’agresseur est indispensable, la haine interdit l’apparition d’un syndrome de Stockholm (ex : racisme, antisémitisme,etc). L. Crocq parle d’ailleurs de « subjugation » de la victime par son ravisseur qui signifie à la fois « mettre sous le joug » et « séduire ».
  • Les victimes potentielles ne doivent pas avoir été préalablement informées de l’existence de ce syndrome.

A cela nous pouvons également ajouter la suggestibilité des victimes, la haine de soi et/ou l’attirance de l’étranger.

Déroulement type d’une prise d’otage :
Le déroulement d’une prise d’otage est relativement systématisé. Il se met en place selon une procédure en plusieurs phases, décrites par L. Crocq en 1993 et reprises par le Dr Eric Torres et la psychologue Virginie Grenier-Boley. La succession de ces périodes aide à mieux comprendre la possible naissance du syndrome de Stockholm.

La phase de capture entraîne une réaction de choc due à un stress aigu qui se caractérise par la survenue d’un traumatisme émotionnel ainsi que par l’apparition de manifestations neurovégétatives diverses (stress physiologique). Martin Symonds qualifie cette étape du drame de « frozen fright » (la peur gelée) comme si l’agresseur avait poussé sa victime dans une sorte de « congélateur ». Ce « frozen fright » est lié à la confrontation directe du sujet avec la réalité d’une mort possible. Cette proximité à la mort entraîne une effraction dans le fantasme d’immortalité jusqu’alors défendu. Au début, la victime peut donc être envahie par une panique abominable, puis va pouvoir tenter de s’enfuir ou de s’opposer à son ravisseur. Cependant, ses résistances vont s’épuiser et elle alors chercher à collaborer avec son bourreau. En obéissant à ses ordres elle parvient à réduire progressivement le choc énorme provoqué par l’agression. Si cette tentative de collaboration est suivie d’une réponse adaptée de l’agresseur, les conditions sont réunies pour que le syndrome de Stockholm puisse apparaître.

La phase de séquestration peut être de durée extrêmement variable d’autant plus qu’elle survient dans un contexte où la perception du temps est profondément modifiée notamment par le stress. C’est pendant cette phase que se constitue véritablement le syndrome de Stockholm. Elle comporte trois périodes : le déni (négation de la situation), l’espoir (illusion de répit) et la perte d’espoir (acceptation du statut d’otage). Il s’établit entre l’agresseur et l’otage une situation de dépendance et de promiscuité susceptible de favoriser l’apparition d’un sentiment de sympathie ou de compassion réciproques qui représentent les premiers éléments constitutifs du syndrome de Stockholm. Des contacts positifs peuvent ainsi s’établir entre les ravisseurs et les otages, qui sont susceptibles de déboucher sur un sentiment de cohésion du groupe autour du projet commun de recouvrer la liberté. En effet, le ravisseur lui même tant qu’il détient ses otages se trouve privée d’une partie de sa liberté. Si la situation d’isolement perdure, l’agresseur, en quête d’un interlocuteur, finit par se tourner vers sa victime à laquelle il restitue ainsi une valeur humaine. Si l’agresseur ne passe pas à l’acte sur sa victime, le sentiment de gratitude à l’égard du ravisseur va s’accroitre. Selon L. Crocq, l’otage n’a plus alors comme recours que l’identification au seul modèle avec lequel il peut encore communiquer : son agresseur. Lors de cette phase de séquestration, l’otage peut remettre en cause son passé et ses valeurs car il a perdu toute identité sociale : on parlera alors de « chosification » de la victime. Plus qu’un être humain il est devenu une monnaie d’échange aussi bien pour son ravisseur que pour les forces de l’ordre.

La phase de libération (ou de dénouement) va provoquer une recrudescence des phénomènes anxieux. Lors de la libération, la stabilité des défenses réaménagées pendant les négociations est brutalement remise en question. Des idées de culpabilité peuvent aggraver la situation, en particulier lorsque d’autres otages sont restés prisonniers ou ont été abattus. C’est à ce moment que l’on note l’émergence de réactions paradoxales de rejet des libérateurs ainsi que d’éventuelles tentatives destinées à protéger les ravisseurs contre l’assaut des forces de l’ordre

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Mécanismes de défense mis en œuvres

Dès la phase capturation va se mettre en place de la formation réactionnelle afin de protéger l’intégrité de l’individu. Pas de panique voici un petit rappel de psychalanalyse : la formation réactionnelle est le mécanisme de défense qui conduit le sujet à se conduire à l’inverse de ce qu’il désire (par exemple la pudeur s’opposant à des tendances exhibitionnistes). Cette réaction est provoquée par la violence des troubles psychologiques engendrés par l’aggression qui brutalise ses codes personnels. Par conséquent, face à la surprise, la victime va rapidement exprimer à son agresseur un sentiment de sympathie et d’affection, pouvant aller même jusqu’à la gratitude et à la soumission au lieu d’une hostilité normalement attendue mais qui ne sera que très passagère.

De même va se mettre en place une identification à l’agresseur, mécanisme de défense qui fait suite à une agression et où le sujet va faire le choix inconscient de s’approprier des traits de l’agresseur pour échapper à la position de victime passive et reprendre une position active. Cette identification est définie par S. Ferenczi comme une « introjection de l’agresseur, disparaissant en tant que réalité extérieure, et devenant intrapsychique ». En redevenant actif, le sujet a ainsi la sensation de reprendre le contrôle d’évènements qui lui échappe et d’être enfin libéré du danger d’une mort imminente.

Facteurs prédictifs

– L’âge de la victime car l’immaturité psychoaffective des sujets jeunes facilite l’apparition de la relation de confiance nécessaire à la genèse du syndrome de Stockholm. Un âge relativement avancé pourrait également favoriser le respect de l’otage par ses ravisseurs.

– Le sexe de la victime, les femmes paraissant plus vulnérables que les hommes.

– Le degré de cohésion du groupe constituent des paramètres qui vont limiter l’apparition de ce syndrome. L’existence de tensions internes en favorise au contraire la survenue.

– La longue durée de la prise d’otage est un facteur favorisant, des relations interpersonnelles vont pouvoir s’établir entre les otages et leurs ravisseurs. Le confinement créant également une intimité favorisant la dépendance.

– La sympathie qu’inspire la cause défendue par les terroristes serait un facteur favorisant, mais cette notion est encore discutée.

– Le type de traitement infligé à l’otage par son agresseur (violences physiques ou non)

En ce qui concerne la personnalité des protagonistes, précisons que c’est surtout celle des ravisseurs qui importe. Un agresseur ayant une personnalité paranoïaque facilitera la conversion des otages à sa cause. Au contraire, la personnalité des victimes semble être très peu prédictive puisque de nombreux auteurs considèrent que le comportement des individus confrontés brutalement à une situation extrême est relativement imprévisible.

La Belle et la Bête :
Une belle demoiselle retenue en captivité par une bête féroce. Une rose qui se fane dans l’attente du véritable amour. Cela vous dit quelque chose ? Les fans auront sans nulle doute reconnue la belle et la bête, conte emblématique de Disney. Ne criez pas tout de suite au scandale face à ce rapprochement  entre le syndrome de Stockholm et le conte de votre enfance, car si certaines corrélations sont possibles, n’oublions pas que l’histoire de Disney est très éloignée du conte d’origine.

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Résumé : Une jeune femme prénommée Belle se sacrifie pour sauver son père, retenu en captivité dans le château d’une féroce bête.  La Bête épargne Belle qui est condamnée à vivre dans son château pour toujours. Elle s’aperçoit que, derrière les traits de l’animal, souffre un homme victime d’un sortilège.Ce dernier, égoïste et prétentieux, fut condamné ders années plus tôt à revêtir l’apparence d’une bête jusqu’à temps que le véritable amour, qui arriverait à voir derrière son apparence monstrueuse, le délivre.  Une rose enchantée qui lui avait été offerte flétrirait jusqu’à ses 21 ans et avant la chute du dernier pétale le prince devrait aimer une femme et s’en faire aimer en retour pour briser le charme. Dans le cas contraire, il se verrait condamné à garder l’apparence d’un monstre pour l’éternité.
Dans le conte d’origine, la bête n’a pas été condamné pour sa méchanceté mais au contraire pour sa bonté qui a déclenché la jalousie d’une sorcière. Cette bonté sous-jacente présente durant tout le conte change grandement la vision de la bête et n’entre pas en corrélation avec un potentiel syndrome de Stockholm développé chez Belle. En effet, dans le conte sa captivité est très relative, elle est dès le début extrêmement bien traitée et peut très rapidement recouvrer sa liberté. C’est pourquoi nous n’aborderons ici que le film développé par Disney.

Belle, une fois passé sa phase d’effroi, tente de se rebeller et refuse par exemple de dîner avec la bête. Au fur et à mesure celle ci finit néanmoins par se prendre de sympathie pour son ravisseur au point de retourner au château le soigner lorsque celui ci se blesse en la protégeant des loups alors qu’elle tentait de fuir dans la foret. Il s’établit entre Belle et la Bête une situation de dépendance et de promiscuité qui permet la naissance d’un sympathie puis d’amour. Cela est d’autant plus fort que les deux protagonistes sont totalement isolés dans le château, les serviteurs n’étant eux mêmes que des meubles. Enfin lorsque Gaston part attaquer la Bête, Belle prend le parti de son ravisseur et tente de le protéger et se retourne donc métaphoriquement contre son institution d’origine.

Certains éléments du Disney entre cependant en contradiction avec le syndrome de Stockholm.
La bête doit se faire aimer pour briser son charme, condition sinéquanone pour qu’il puisse recouvrer sa liberté. A l’inverse dans une prise d’otage ou dans des cas de séquestration plus classique, ressentir de la sympathie pour son ravisseur et vice versa, n’est pas un effet consciemment recherché.
De même Belle n’est pas une captive ordinaire, elle peut librement marcher dans le château hormis dans l’aile l’ouest, interdiction qu’elle brave, preuve de son absence de soumission. Au fur et à mesure du film nous pouvons observer que ce n’est d’ailleurs pas elle qui tente de « collaborer » avec la bête, mais que c’est cette dernière qui devient de plus en plus indulgent avec Belle, au point de la laisser partir.

Conclusion :
Sur le plan psychologique, le syndrome de Stockholm est observé comme une des multiples réactions émotionnelles susceptibles de se manifester chez un individu sans défense, fragilisé et exposé pendant une durée importante à la domination d’un agresseur. Ce syndrome peut être vu comme une manifestation inconsciente de survie : le sujet concerné, en s’attirant la sympathie de l’agresseur, peut se croire partiellement hors du danger, voire susceptible d’influencer les émotions de l’agresseur. Si la pacification débouche sur une fraternisation, la victime peut aller jusqu’à défendre son agresseur et sa cause. En réalité, c’est surtout de sa propre angoisse que le sujet se protège, angoisse provoquée par sa séquestration puis réactivée par sa libération, brisant le nouvel équilibre qui avait été établit.

Il arrive également que des ravisseurs relâchent leurs captifs sans nécessité, par sympathie pour eux. On parle alors de syndrome de Lima, du nom d’une prise d’otages de 1996. En 1996, les membres d’un mouvement militant enlevèrent l’ambassadeur de la résidence japonaise à Lima, au Pérou. En quelques jours, les preneurs d’otages libérèrent de plus en plus de captifs, y compris les plus précieux, en raison de la sympathie qu’ils inspiraient, et ceux qui étaient censés tuer les otages en cas d’attaque ne purent se résoudre à le faire. Aujourd’hui conscients de ces syndromes, les ravisseurs emploient des techniques afin de les éviter et de s’affaiblir, par exemple en évitant le plus possible le contact avec les otages (en ne leur parlant pas, en ne mangeant pas avec eux, voir en les plongeant dans un isolement le plus total).

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2 commentaires

  1. Merci pour cet article extrêmement clair ! Ma question se porte sur la prise en charge d’une personne présentant ce syndrome. Devons-nous essayer de briser ces mécanismes de défenses bien ancrés, afin d’accéder à la charge émotionnel et l’inciter à aller au bout es démarches judicaires, ou aucune prise en charge n’est recommandée et la personne continue sa vie avec cette construction ?

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    • Bonjour Laura et tout d’abord merci beaucoup d’avoir commenté cet article !
      N’étant pas spécialisée en victimologie mais seulement bien documentée sur la symptomatologie et l’éthiologie du syndrome de Stockholm je ne voudrais surtout pas vous donner une réponse mal orientée ! Je ne peux donc que vous conseiller de vous renseigner auprès de professionnels en victimologie qui sauront bien mieux répondre à votre demande.

      En vous souhaitant une bonne semaine et en espérant vous revoir très vite sur le Dailypsy !

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