Conférence- Agresseur/victime

L’EPP Pro a organisé sa conférence mensuelle où Mr Le Chevanton est venu nous parler de son expérience professionnelle auprès d’agresseurs et de victimes.

Nous avons abordé divers sujets allant de l’agir violent au mécanisme de déni chez l’agresseur et chez l’agressé jusqu’aux dispositifs de cellules de crise, qui tendent à se multiplier ces derniers temps.
Mr Le Chevanton a rapidement abordé l’impact des traumatismes de ses patients sur le psychologue et cela a particulièrement attiré mon attention. Je vais approfondir cette thématique dans mon article.

Nous allons donc aborder la question des conséquences sur le thérapeute, d’un milieu d’intervention particulièrement violent.

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Mr Le Chevanton a évoqué des « mini cellules de crise » pour les soignants organisées en aval des cellules de crise pour les victimes. En effet, pendant les cellules de crise, les soignants reçoivent, de manière massive parfois, les affects des victimes et peuvent être ébranlés par la sidération ressentie par les patients. A l’inverse, Mr Le Chevanton a également évoqué une forme de « désensibilisation » du thérapeute qui peut survenir face à une multitude d’actes violents.

Effectivement, le fait d’entendre et de vivre de façon répétée des événements perturbants et traumatiques, peut créer un traumatisme chez le soignant connu sous le nom de traumatisme vicariant ou fatigue compassionnelle.

Après définition de ces termes et des symptômes qui en découlent, nous verrons les différentes hypothèses des scientifiques concernant les mécanismes à l’origine de ces troubles. Enfin, nous verrons quelles solutions peuvent être apportées à ces soignants en souffrance.

Selon Figley (1999), le stress traumatique secondaire se définit comme les émotions et les comportements normaux découlant du fait de savoir qu’une personne significative a vécu un événement difficile ou traumatisant. Il peut atteindre les proches de la personne souffrante tout autant que les personnes de la relation d’aide. Le traumatisme vicariant et la fatigue de compassion sont les deux réactions que l’on peut attribuer au stress traumatique secondaire chez les professionnels de la relation d’aide (Newell & MacNiel 2010).
Le terme de « traumatisme vicariant » a été utilisé pour la première fois en 1990 par McCann et Pearlman pour définir la réaction des thérapeutes aux événements traumatiques rapportés par leurs patients. Quant à la fatigue compassionnelle, elle est mentionnée pour la première fois par Joinson (1992) afin de définir un type de dépression particulièrement observé chez les infirmières travaillant dans les urgences des hôpitaux. Figley (1995) aurait ensuite repris et officialisé ces termes. Ces deux troubles se caractérisent par des changements profonds de l’expérience intérieure subis par le travailleur qui établit des rapports d’empathie avec des personnes souffrantes et qui est exposé à leur expérience.

La présence de matériel traumatique et l’exposition à la souffrance sont caractéristiques de la fatigue de compassion et du traumatisme vicariant. Ces deux réactions ne doivent pas être confondues avec le « burn-out » qui n’a pas les mêmes causes.
On constate généralement les mêmes symptômes pour les deux troubles, mais le traumatisme vicariant présente quelque spécificités que nous présenterons ci-dessous.
Ces deux troubles impactent de manière temporaire ou de longue durée l’équilibre de l’intervenant. En plus de s’étendre à toutes les sphères de la vie, les effets sont cumulatifs, insidieux, envahissants et personnels.

Nous pouvons ainsi dénoter comme effets :
• Répercutions cognitives (altération du fonctionnement des pensées, confusion, désorientation, déficit de concentration, perte du sens du plaisir et du sens de l’humour)
• Répercutions émotives (perturbation générale des émotions, alternance des humeurs, sur-sensibilité)
• Répercussions sur les perceptions de la spiritualité : (impact négatif de la perception de soi, diminution de l’estime personnelle, perte de la confiance en soi et en ses capacités à venir en aide, questionnement sur le sens de la vie, changement des croyances, changement dans la perception de la sécurité)
• Répercutions comportementales (stratégies d’adaptation négatives ou inadaptées, dépendance et abus de substance, régression et comportements autodestructeurs, troubles du sommeil et de l’appétit)
• Répercussions sur les relations sociales ( désintérêt pour la vie sociale et les relations intimes, sentiment de déconnexion, incohérence, repli social.)
• Répercutions physique (état de choc temporaire, réactions somatiques, affaiblissement du système immunitaire.)

 

Puisque le principal outil de travail d’un professionnel de la relation d’aide est lui-même, il est logique que les répercussions énumérées précédemment aient un impact sur sa vie professionnelle. Les intervenants concernés par ces troubles sont susceptibles de vivre des difficultés professionnelles altérant l’exécution de leurs tâches, leur gestion comportementale, des émotions et leurs relations interpersonnelles.

Les répercussions spécifiques au traumatisme vicariant s’apparentent à des manifestations du syndrome de stress post-traumatique (Tabor, 2011). Il s’agit de symptômes d’intrusion comme des pensées, des rêves, des hallucinations, des symptômes d’évitement comme la restriction des affects ou de l’intérêt ou bien l’évitement d’endroit, de situations ou de personnes.

Je vous invite par ailleurs à lire l’article de Hortense, qui nous parle du  Syndrome Superman, en lien avec les troubles que nous venons de présenter.

Mais alors comment expliquer l’origine du mécanisme de la fatigue de compassion et du traumatisme vicariant ?

Les différents facteurs d’influence qui peuvent susciter l’apparition de ces affects sont multiples : le mode de vie de la personne, son réseau social, son histoire personnelle, ses moyens d’adaptations, sa perception du monde et de la spiritualité, ses facteurs organisationnels liés à la sphère professionnelle, la nature et la charge de travail, le profil de la patientèle, l’environnement de travail ou encore la relation intervenant-patient.

Selon les définitions du traumatisme vicariant et de la fatigue de compassion précédemment exposées, l’apparition de ces troubles surviennent par l’établissement d’une relation empathique avec le patient. En effet, pour créer un lien de confiance, les intervenants doivent faire preuve d’empathie envers leur patient en détresse, c’est-à-dire qu’ils doivent adopter vis-à-vis d’eux une attitude qui les rend capables de saisir ce qu’ils vivent émotionnellement, de manière atténuée. Cet engagement sincère du soignant pourrait menacer la distance thérapeutique et susciter une identification avec l’émotion éprouvante de l’aidé.
De là, en découle une première théorie qui postule que l’empathie entraînerait une synchronisation de l’aidant, par mimétisme émotionnelle et corporel avec la réalité de l’aidé (Rothschild, 2006).

Une deuxième théorie qui pourrait expliquer l’apparition de ces troubles se base sur la notion d’intégration cognitive des histoires et des traumatismes développés par Steed (2006). Des associations conditionnées par les propos recueillis par le soignant se créent et provoquent des craintes par rapports aux objets, lieux ou images évoqués et aux mots entendus. Le soignant ressent alors des sentiments de danger, d’impuissance et d’horreur provoquant chez lui une forte détresse émotionnelle.

Une autre théorie, développée grâces a l’apport des neurosciences met en cause l’action des neurones miroir sur les processus empathique ;

 Gallese (2005), suggère que « l’émotion de l’autre est constituée, vécue, et ainsi directement comprise par le biais des stimulations corporelles produites par un état du corps partagé ».

Autrement dit, quand nous sommes empathiques envers autrui, nous ressentons par le biais de notre corps, l’émotion de l’autre garce aux systèmes des neurones miroir. Cela signifie que l’ensemble du réseau cérébral impliqué dans le traitement d’une émotion s’active chez les observateurs en étroite collaboration avec l’intensité de l’émotion observée. Cela a été démontré pour les sensations de dégoût (Wicker et al, 2003), la tristesse en lien avec la sympathie (Decety & Chaminade, 2003) mais également pour la douleur (Jackson et al 2005).

En ce qui concerne le traitement de ces troubles ; lorsque nous reconnaissons en nous des symptômes de fatigue compassionnelle ou de traumatisme vicariant, il est urgent de mettre rapidement en place des « auto-soins » ou « self-care ». Plusieurs stratégies ont été proposées dans la littérature afin de prévenir et d’atténuer ces symptômes.
Celle qui semble incontournable est la pleine conscience de soi : gardons-nous à l’œil et maintenons le contact avec notre corps, notre monde émotionnel et notre univers cognitif.
Il est également conseillé d’avoir une hygiène de vie saine afin de maintenir un certain équilibre (alimentation, sommeil, sport, repos).

Plusieurs auteurs mentionnent également combien il est essentiel de doser le contact avec du « matériel perturbant », dans notre quotidien comme dans notre vie professionnelle.

Sur le plan cognitif, il est important de faire attention à ne pas se laisser envahir par l’atmosphère de drame, catastropher ou sur-minimiser les événements de notre quotidien. Pour cela, il est important de s’offrir des expériences d’émerveillement, d’inspiration et de nourrir sa spiritualité.

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Le soutien social, qu’il provienne de la famille, des amis ou des paires, constitue également un facteur de protection important. L’encouragement, le partage sur la réalité de la pratique professionnelle ainsi que la cohésion de groupe et le sentiment d’appartenance dans la sphère professionnelle vont en ce sens.

La supervision, en qualité et en quantité suffisante, constitue également un facteur de protection. Dalton (2001) démontre une corrélation positive entre un faible niveau de stress traumatique secondaire et le nombre de supervisions durant lesquels l’intervenant ne s’est pas senti jugé. Toutefois, cette même étude, tous comme celle de Newell et McNeil (2010) considèrent que des supervisions inadéquates constituent un facteur de risque pour la fatigue compassionnelle et le traumatisme vicariant.

Pour faire court, soyez vigilant, car la souffrance des personnes que nous prenons en charge pourrait nous mener à notre perte si nous ne prenons pas soin de nous avant tout !

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