Cinepsy Paris : Polisse

Pour ce dernier Cinépsy de l’année nous avons visionné Polisse de Maiwenn sorti en 2011. Nous avons eu la chance d’accueillir comme intervenante Pauline Beurier-Orsini, psychologue spécialiste en victimologie. Après un master 2 en victimologie elle travaille aujourd’hui dans une association d’aide aux victimes, en libéral et au 119 pour la protection de l’enfance.

Synopsis :

Pour la brigade des mineurs de Paris, les affaires se succèdent : prostitution, suspicions d’inceste, viols, pédophilie, maltraitance mais aussi les drames de la grande précarité et la prostitution infantile.Les relations entre les policiers de la brigade sont mises à rude épreuve… et il est parfois bien difficile pour eux de mener une vie de famille ordinaire après avoir vu et entendu tant d’histoires atroces durant la journée.L’arrivée de Melissa, une jeune photographe commissionnée pour réaliser un reportage sur la brigade pour le ministère, ne s’annonce pas facile pour l’équipe, qui va devoir l’intégrer à ses missions.

Rappelons d’abord la définition d’une victime, qui est un thème précurseur de ce film. Une victime est une personne qui souffre tout d’abord et qui n’a pas les moyens de se défendre, qui a une certaine impuissance. Cela revient alors à un rapport de force. L’événement dramatique qui a fait de cette personne une victime peut alors conduire à un état de stress post-traumatique mais on peut voir dans le film que ce n’est pas toujours le cas. Les auteurs de cet événement, aussi communément appelé agresseurs, sont alors condamnés par la loi, ils ont commis une infraction pénale.

La première scène de ce film est marquée par de fausses allégations venant d’une petite fille. Les fausses allégations comme celle-ci sont relativement courantes. Cependant elles ne sont pas toujours entièrement fausses et elles peuvent se référer à ce que l’enfant a vu ou entendu. Cela peut également venir d’une aliénation parentale pour cause de vengeance. Mais ces fausses allégations peuvent provoquer chez l’enfant des faux souvenirs ainsi que des faux traumatismes fabriqués liés à la situation inventée.

Dans la scène où le grand père a abusé sa petite fille, on voit que la banalisation de l’acte est mise en avant. Il y a une confrontation avec la victime pour en faire sa complice. Il n’éprouve pas de remords pour son acte. Cela nous amène à la situation du père qui abuse de sa fille. Il a le profil parfait du pervers ; il est provocant envers les policiers et se met en toute puissance face à eux malgré l’acte qu’il a commis. Cela nous amène à dire que les auteurs des actes assument plus ou moins ce qu’ils ont fait et peuvent même parfois en jouer, ne pas se sentir menacés par la police et par ce qui les attend. Certains même ne se rendent pas compte du mal qu’ils font comme la mère qui secoue son bébé qui pleure.

La scène du portable montre bien l’impact du rapport à internet sur les jeunes et l’accès rapide aux contenus pornographiques. Les jeunes s’exposent facilement aux différents dangers. La réaction des policiers  lors de cette scène peut paraitre surprenante, en effet ils rient du burlesque de la situation jusqu’à en devenir blessants pour la victime en question. Face à cela la victime est comme immobilisée. Muriel Salmona parle d’anesthésie émotionnelle. Il y a un dysfonctionnement total du système, c’est comme un moyen de survie.

En effet la police, aussi bien dans le film que dans la vraie vie, fait face à beaucoup de choses violentes tous les jours. Aussi l’espace entre le travail et la maison est poreux, il y a peu de repos. On peut le remarquer avec la scène où Fred donne le bain à sa fille. Il ne s’approche pas d’elle et ne la touche pas car il refuse qu’il y ai ne serait-ce qu’une seconde une assimilation avec les situations qu’il voit d’abus sexuel sur les mineurs. Il y a donc ici un envahissement du travail dans le privé.

On peut remarquer aussi que le rapport entre binômes ou au sein de  l’équipe est très envahissant pour les policiers et parfois ambivalent. Les pulsions de vies sont poussées à l’extrême pour faire face aux situations et se confronter à ce qu’ils voient touts les jours. Ils peuvent aller jusqu’à se placer dans un certain rejet, il y a une mise à distance qui peut attaquer psychologiquement. Ils sont bien évidemment volontaires et ont choisi ce travail mais dans la pratique cela reste très dur. Cela peut mener au pire des cas à un burn-out comme on peut le voir chez Iris. Cette situation est ici liée à la scène finale où on voit en parallèle le suicide d’Iris et la réussite de Solal qui nous montre l’absence de traumatisme face à la situation qu’il a vécu. On peut se demander alors s’il existe un suivi pour les policiers. Il est en existe effectivement, la psy-police, mais cette dernière n’est malheureusement pas beaucoup sollicitée car  les policiers font beaucoup de résistance et ils ont du mal à admettre qu’ils peuvent avoir besoin d’aide et besoin de faire sortir tous ce qu’ils voient et entendent durant leur travail.

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