Alice Miller – son portrait de peintre

Tandis que depuis le 1er janvier 2017, en France, la fessée est devenue interdite, il est naturel de parler d’Alice Miller. (1923-2010) Docteure en psychologie, philosophie et psychanalyste allemande, elle a beaucoup écrit sur la fessée et sur les châtiments corporels et moraux infligés aux enfants sous couvert d’éducation.

La pensée d’Alice Miller en quelques mots

Si l’on s’arrête brièvement sur la question de la fessée, Alice Miller considère qu’elle est, au même titre que la gifle, un châtiment corporel. En ce sens, la fessée ne peut être éducative. Cela ne signifie pas d’abolir la punition – qui peut s’avérer nécessaire dans l’éducation des enfants – mais elle ne doit pas faire intervenir la violence, qu’elle soit physique et/ou morale.

Elle prône au contraire, une éducation basée sur la communication, sur la sincérité et sur la structure. La fessée ne fait, selon elle, qu’accentuer la soumission de l’enfant à l’adulte car elle participe au principe que l’adulte a un droit de « possession » sur le corps de son enfant.

C’est elle, en 2004, qui écrit dans son livre « Notre corps ne ment jamais » que nous obéissons tous à la dictature du Quatrième Commandement : « Tu honoreras ton père et ta mère ». Et que cet impératif moral, transmis par la famille et plus globalement par la société, est la cause de souffrances profondes qui conduisent à la maladie psychique et/ou physique.

Reconnue pour son travail, l’œuvre d’Alice Miller n’a pas toujours été bien accueillie. Et ce, encore aujourd’hui. Parmi ses manuscrits les plus signifiants de sa pensée, nous pouvons citer : C’est pour ton bien (1985) dans lequel elle a écrit la célèbre analyse de l’enfance d’Hitlerou les racines de la haine –, Le drame de l’enfant doué (1983), L’avenir du drame de l’enfant doué (1996), L’enfant sous terreur (1986), La connaissance interdite (1990), Ta vie sauvée enfin (2008) ou encore Notre corps ne ment jamais. (2004)

Le corps occupe une place essentielle. Pour reprendre ses termes, il est « le gardien de la vérité car il porte en lui l’expérience de toute notre vie et veille à nous la rappeler ». (cf. Notre corps ne ment jamais) La sensibilité du petit enfant est précieuse. A ses yeux, elle est ce qui peut éclairer toute une vie car elle est la plus sincère, la plus vraie.

Dans les cas de traumatismes et plus globalement d’abus et de maltraitances envers les enfants, les émotions sont bridées, clivées. L’enfant doit se soumettre à la volonté de ses parents et pour cela, faire abstraction de lui-même. Il doit apprendre à ressentir telle chose dans telle situation, ne doit jamais remettre en question l’autorité de ses parents. En bref, il est obligé de les aimer et devenir un être obéissant et soumis en toutes circonstances. Ce type d’éducation, Alice Miller la qualifie de pédagogie noire. (cf. C’est pour ton bien)

Déterminée et engagée, Alice Miller s’est battue toute sa vie pour la protection des enfants. Ayant été elle-même maltraitée par sa mère dans son enfance, elle s’en est sortie grâce à une thérapie. Du moins, c’est grâce à ce moyen qu’elle est sortie du déni. Et depuis ce jour, jusqu’à sa mort le 14 avril 2010, elle n’a cessé d’écrire et de transmettre ce que la vie lui a appris. Tout son travail pour une bientraitance des enfants repose sur le fait d’éveiller les consciences. Bien que moins appréciée et moins populaire que Françoise Dolto, Alice Miller fut une femme tout aussi puissante et importante dans l’histoire de la psychologie.

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La peinture : quand Alice Miller dévoile un autre visage

Dotée d’une sensibilité particulière, Alice Miller avait un don pour la peinture. De façon populaire, nous l’abordons grâce à ses écrits sur les blessures de l’enfance, mais peu connaissent ses tableaux.

Si nous devions analyser l’œuvre picturale d’Alice Miller, nous pouvons repérer deux styles différents mais qui se rejoignent par bien des aspects. D’un côté, toute une série de peintures semble représenter des fragments de corps, de formes. Faisant quelque part écho au surréalisme, le clivage présent dans ses tableaux fait clairement penser au traumatisme. Toutes les parties de la personnalité semblent isolées et mélangées tout à la fois.

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D’un autre côté, elle a peint toute une galerie de personnages, constituée majoritairement de femmes. Et si vous êtes attentifs, vous verrez que ces femmes portent d’autres personnes (fœtus, visages…) en elles. La thématique de la séparation surgit. L’omniprésence de cette imbrication identitaire – telle des poupées russes – alimente le fantasme d’incorporation et l’angoisse d’indifférenciation. Phénomène récurrent chez les victimes de traumatismes et de maltraitances. Dans l’incorporation, « le moi est transformé par l’objet qui garde son altérité à l’intérieur du soi […] contraint le moi à se transformer, s’aliéner ». (cf. La transmission psychique inconsciente, A. Ciccone)

De plus, si on fait le lien avec la perversion parentale prise dans le fait de maltraiter l’enfant (physiquement et/ou moralement), on retrouve là l’incapacité du parent à offrir une liberté à ce dernier. Il devient alors un prolongement de lui-même, bouc-émissaire dans ses moments de colère et refuge idéal pour ses frustrations personnelles. Alice Miller ajouterait certainement, frustrations de ne pas avoir su se séparer de ses propres parents et de ne pas avoir remis en question l’éducation qu’il ou elle a reçu(e) étant enfant.

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A l’huile ou à l’acrylique, on distingue une trame commune dans l’œuvre picturale d’Alice Miller : le rapport de l’enfant à l’adulte. On peut citer aussi la dépression, l’immobilité, l’isolement, la souffrance de la séparation, la fusion primaire avec la mère ou encore le développement des imagos parentales.

N’étant pas spécialistes de l’art, il y aurait certes tant d’autres choses à ajouter sur son œuvre. En outre, l’art a sans aucun doute incroyablement influencé et aidé Alice Miller dans l’élaboration de son œuvre. En effet, la symbolisation constitue un des axes majeurs de libération de nos blessures d’enfance. Car c’est à travers la transformation du vécu et la création que le noyau du traumatisme tend à être apaisé.

Vous pouvez retrouver les tableaux d’Alice Miller ainsi que toutes les informations sur son œuvre sur le site web qui lui est dédié : http://www.alice-miller.com/gallery/

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