La pornocratisation de la société

De la pornographie contemporaine

La pornographie n’est pas un phénomène nouveau. D’abord représentée sous forme de dessins ou de tableaux comme ça peut être le cas dans le Kamasutra, elle s’est peu à peu imposée sur nos écrans. Dans les années 70, en France, les films pornographiques demeurent cantonnés aux salles obscures, avec la prétention de l’esthétisme et de l’artistique. Peu à peu, à partir des années 90, le porno a muté en une réelle industrie florissante. A côté des films produits par l’industrie pornographique, commence à se développer toute une série de vidéos amateurs. Cela est sans doute l’expression de la lassitude devant des acteurs et des actrices trop statufiés et des scènes trop spectaculaires. L’envie est celle de fantasmer des femmes moins parfaites mais de fait plus accessibles. Cependant, avec le simili-amateur on assiste rapidement à une radicalisation du X : se produit une évolution des films X vers une iconographie « ultra-génitale » et « ultra-violente ». Cette évolution marque un véritable passage de la pornographie classique à la pornographie contemporaine. Aujourd’hui, véritable marchandise prête à la consommation, on la retrouve sur internet, en cassettes, à la télévision. Parler de la société pornographique contemporaine, ou société pornocratique, c’est évoquer une société où le sexe véhicule des idées et de la consommation d’objets en tous genres ( lingerie, médias, etc).  Le support de notre société contemporaine est l’image, et c’est là que la pornographie a établi son siège au point où on l’on peut parler « d’image-sexe ».


La pornographie contemporaine répond aux codes de notre société contemporaine : celle du tout, tout de suite, maintenant. Les relations humaines tendent alors à se calquer sur des modes de productions répondant à l’urgence. La pornographie s’offre alors comme la satisfaction d’un désir sur un mode instantané. L’image X ne dure pas mais se donne immédiatement, et donne à voir ce qui ne devrait pas être vu. C’est en cela que le porno fascine, il euphorise et annihile à la fois le consommateur car le sexe devient alors un processus commandable.

En outre, les vidéos X visent l’actualisation crue du plaisir. Par exemple, les réalisateurs utilisent désormais une « pussylight », qui une lampe d’appoint qu’on ajoute lors des gros plans sur le sexe afin d’éclairer l’intérieur même du corps. Alors que dans le passé, les films X jouaient encore sur la distance entre réalité et images, aujourd’hui la représentation des actes sexuels se substitue à la réalité, entraînant une véritable confusion entre réalité et représentation. Le pornographique contemporain se construit donc sur un véritable paradoxe : donner l’impression de représenter la réalité de façon exacte et parallèlement donner la sensation que tout est réalisable, jusqu’au plus hard.

L’envahissement de la pornographie, que ce soit dans les médias, la publicité, les films, etc tend à transformer le sujet du désir en objet. En effet, dans la pornographie contemporaine l’autre est dénié en tant que sujet. La consommation pornographique transforme le désir en besoin. Le besoin doit nécessairement d’être satisfait, et sa satisfaction survient avec la consommation de son objet (ex : la faim). Le désir, en revanche, existe dès lors qu’on renonce à faire d’un objet une chose à consommer. L’objet du désir sexuel n’est donc normalement pas consommable. Le désir surgit lorsque l’on se rend compte que l’autre possède ce qu’on n’a pas, et donc qu’il est différent de nous. C’est pourquoi l’autre est aussi celui qui nous renvoie à notre manque, tout en se présentant comme celui qui pourra le combler. L’autre est normalement objet du désir mais ne nous appartient pas en tant que tel, or dans le porno cette altérité est déniée. Cette confusion entre besoin et désir va s’insérer dans les pratiques jusqu’à devenir une façon de vivre le sexe et le monde. On pourra alors parler de déréalisation du monde.

 

Grandir face à la pornographie

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La consommation d’images pornographiques commence de plus en plus jeune. Une enquête menée en France par Michela Marzano et Claude Rozier sur 300 jeunes en 2005, révélait que 58% des garçons et 45 % des filles avaient vu leurs premières images pornographiques avant 13 ans ( M. Marzano et C. Rozier, Alice au pays du porno, Paris, Ramsey, 2005). Aujourd’hui, même les personnes qui ne désirent pas en consommer finissent quand même par le faire. Au Royaume-Uni, une étude réalisée par S. Livingstone et M. Bober auprès de 1 511 jeunes âgés de 9 à 19 ans, a révélé que plus de la moitié des jeunes qui font un usage régulier d’Internet, avaient eu un contact avec des contenus pornographique. Ce contact était le plus souvent accidentel : 38 % ont été exposés à des fenêtres intempestives, 36 % sont entrés sur un site X alors qu’ils cherchaient autre chose et 25 % ont reçu des spams pornographiques. Un questionnement peut alors être soulevé : Qu’elles sont les consequences d’une telle consummation sur les jeunes ?

Chez l’enfant confronté à des images sexuelles, ces dernières font surgir devant ses yeux des représentations contre lesquelles il cherche, au même moment, à se protéger. D’un point de vue psychanalytique, l’enfant, notamment durant la période de latence, lutte contre ses préoccupations sexuelles afin de pouvoir investir cette excitation libidinale aux autres apprentissages qu’il doit réaliser. La scène pornographique va alors briser ses défenses d’une part, et offrir à voir une scène primitive à laquelle l’enfant n’est pas préparé et qui n’est surtout pas représentative de la réalité puisque sans émotion. Enfin, l’enfant confronté à des contenus pornographiques, si il ne les a pas recherché, risque de culpabiliser d’avoir vu des images que ses parents condamnent. Cela peut générer de l’angoisse et la crainte d’être rejeté par ces derniers.

L’influence de la pornographie sur la sexualité

Certaines images, pornographiques ou autres, peuvent provoquer un stress émotionnel et des émotions désagréables que peuvent être de l’angoisse, de la peur, de la colère, du dégoût, etc. Pour les apprivoiser il faut alors les transformer pour qu’elles soient plus en adéquation avec ses fantasmes et ses rêves. Cela va se traduire par une transformation des contenus des images et des états émotionnels provoqués par elles, afin de les mettre à distance. En règle générale la mise à distance est facile car nous savons distinguer une image de la réalité qui est à son origine. Par exemple lorsque nous regardons un film d’horreur, si la peur est trop forte nous pouvons la mettre à distance plus facilement car nous savons que ce sont des scénarios et que plusieurs éléments (zombis, monstres ou autres) ne sont pas réels. Or, la pornographie se donne à tort comme un pur reflet de la réalité, et ne permet donc pas une activité de transformation psychique. Toujours selon la psychanalyse, c’est le désir sexuel, une fois qu’il est détourné de ses buts génitaux, qui permet la création et l’enrichissement culturel. L’art en est d’ailleurs un très bon exemple et on peut observer dans de nombreuses œuvres des allégories et métaphores sexuelles. La pornographie contemporaine, en donnant pour vrai des images qui ne le sont pas, tend à rendre inutile la sublimation et l’expression détournée de ces désirs sexuels. Elle tue l’imaginaire et construit des modèles de relations et de sexualité très enfermant que les futurs adolescents seront tentés de reproduire. La pornographie va ainsi inspirer et influencer les pratiques sexuelles des jeunes. L’étude de Marzano et de Rozier rapporte d’ailleurs que 58 % des garçons et 42 % des filles interviewés dans leur étude, estimaient que leur sexualité était influencée par la pornographie.

Selon Richard Poulin, dans son article « La pornographie, les jeunes, l’adocentrisme » issu de la revue Cahiers Dynamiques (2011/1, numéro 50), plus les adolescents consomment jeunes, plus ils demandent à leur partenaire de reproduire les actes sexuels vus dans la pornographie. De même, plus ils consomment jeunes, plus ils consomment avec régularité et fréquence. Enfin, il semblerait également que la consommation de pornographie par les filles affecte leur estime de soi.

 Par ailleurs, plus l’estime de soi est faible, plus les jeunes filles seraient précocement actives sexuellement. Une enquête de Statistique Canada sur la santé a montré que « les filles dont l’image de soi était faible à l’âge de douze ou treize ans ans étaient plus susceptibles que celles qui avaient une forte image de soi de déclarer, dès l’âge de quatorze ou quinze ans, avoir déjà eu des relations sexuelles ».

 

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