Infertilité : quand notre esprit ne veut pas d’un bébé

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Ces dernières années, les progrès de la médecine ont permis la découverte de causes organiques à l’infertilité des hommes et des femmes. Les stérilités inexplicables médicalement, qui représente aujourd’hui 1 cas sur 4, sont alors qualifiés de psychogènes.

« Vous n’avez rien, c’est dans votre tête » s’entendent alors dire ces patientes chez lesquelles aucune cause biologique n’a été décelé. Seulement le problème est bien présent, aucun bébé à l’horizon. Afin de remédier à ces stérilités « sans causes » les médecins ont donc invité les psychanalystes à se joindre à eux.

Nous verrons donc dans cet article comment le « symptôme » de l’infértilité peut être interprété d’un point de vue psychanalytique, puis nous aborderons les travaux de recherche qui se sont attaché à montrer les répercutions d’un état psychique « hostile à enfanter » sur nos capacités reproductives biologiques.

Mais pourquoi donc la présence d’un dysfonctionnement physiologique exclurait de ce fait une causalité psychique ? C’est la question que Sylvie Faure-Pragier s’est posée dans son ouvrage « les bébés de l’inconscient ». Pour elle, la stérilité ne peut pas être appréhendée en excluant l’un des deux facteurs que sont le corps et le psychisme. Elle explique que le concept de stérilité psychogène sans impact physiologique n’a guère de sens. Comment le psychisme pourrait-il se passer du corps dans un processus « forcément » psychosomatique qu’est la reproduction. Pour cette auteure, toute infertilité présente une dimension psychique.

Sylvie Faure-Pragier nous propose donc sa théorie de l’inconception qui met en lumière l’intentionnalité du symptôme qu’est l’infécondité. Celui-ci répondrait directement au refus inconscient de procréer.

De son côté, M. Bydlowski dans son article « facteurs psychologiques dans l’infertilité féminine » (2003) distingue 3 groupes d’infertilités qui auraient pour origine un conflit psychique :

  • Les infécondités secondaires : elles surviennent généralement suite à un traumatisme psychique comme une fausse-couche, interruption de grossesse ou encore le décès d’un proche ; récent ou non, conscient ou non. Cette angoisse de reviviscence de l’événement tragique se traduit dans le corps en inhibant le processus de reproduction. Cette forme d’infertilité est aisément traitable à travers l’exploration précise de l’anamnèse de la patiente.
  • Les infertilités liées à la perturbation de l’image consciente du corps féminin : généralement associées à des troubles des conduites alimentaires actuelles ou passés. Le contrôle de leur corps est au centre des préoccupations de ces femmes qui sont souvent déconnectées de leurs ressenti. Ces femmes s’orientent généralement vers des protocoles médicaux tels que la PMA, qui les conforte dans la maîtrise de leurs corps ; alors que la psychothérapie est associée à une perte de contrôle.
  • Les infertilités par fixation névrotique : ce type d’infertilité survient à la suite de la fixation du développement psychoaffectif de la femme à un certain stade. Une potentielle grossesse donnerait corps à un fantasme d’enfance in avouable. Le refus inconscient de la grossesse permet alors d’éviter cette représentation angoissante. C’est le cas, par exemple, de la fixation œdipienne, ou les représentations incestueuses sont particulièrement fortes. La survenue d’une grossesse, qui serait alors perçue comme réalisant ce fantasme est inconcevable. Un autre thème de fixation serait celui d’une fixation adolescente à la mère rivale. Cette hostilité inconsciente doit être dépassée afin de permettre l’identification à une image maternelle idéalisée ; image nécessaire durant le processus de grossesse.

Cependant, l’infertilité ne survient pas seulement chez les femmes. Les hommes aussi en soufrent et l’aspect psychologique n’est pas à exclure.

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Les facteurs psychogènes de l’infertilité masculine sont multiples. Les difficultés d’élaboration psychique de l’Œdipe peuvent là encore être mises en cause. En empêchant l’arrivée de l’enfant, l’homme rejette son statut de père en devenir et conserve sa place avantageuse de fils. D’autre part, certains hommes infertiles se seraient vus investis comme enfant-phallus, objet de désir de leur mère, les empêchant ainsi de dépasser ce statut (Gonzales et Nevjinsky, 1992).

Debray (2001) lui, émet l’hypothèse de l’angoisse de mort. Engendrer une descendance suppose de reconnaître la finitude de la vie humaine. Cette confrontation à sa propre fin peut venir submerger l’homme d’une angoisse de mort insurmontable. Surmonter sa propre finitude, mais également celle de son entourage et de cette enfant à naître suppose également une aptitude de deuil narcissique, comme l’énonce Hanus (1994).

L’hypothèse d’un dysfonctionnement dans le lien de filiation ne peut se constituer qu’à partir des positions d’ascendant ou de descendant disponible. À ce propos, Jaoul (2007) remarque un taux ruptures de la filiation (Décès du père, divorce… Etc.) chez les hommes infertiles, significativement plus élevé que chez les hommes fertiles.

De nombreuses autres interprétations de l’infertilité en tant que symptômes ont été émises. Toutefois, il me semble pertinent d’explorer à présent les potentielles répercussions de ces conflits psychiques sur nos fonctions biologiques reproductives. Nous noterons que les recherches qui ont été menées sur ce sujet traitent, pour beaucoup, de la répercussion du stress sur l‘organisme ; stress potentiellement induit par ces conflits psychique.

Les travaux des chercheurs de l’université de Louisville publiés dans la revue « Amals of Epidémiology 2016 » ont avancé quelques pistes de réflexion quant à l’impact du stress sur la sexualité et l’infertilité. Ils ont émis l’hypothèse que l’hormone du stress, le cortisol, si elle est en augmentation, impacterait le fonctionnement normal de l’hormone sexuelle la GnRH. Cela empêcherait ainsi la hausse d’une autre hormone, la LH ; aboutissant à l’inhibition de l’ovulation. Une hypothèse qui a été appuyée par les recherches de l’équipe de l’université de Californie de Berkley.

D’autre part, un phénomène étrange vient d’être mis à jour ; celui de la glaire cervicale toxique pour les spermatozoïdes. Ce changement physiologique intervient à la suite d’un événement traumatique ou d’un état de stress intense. La femme synthétise alors une sorte de mucus sur la glaire cervicale qui empêche les spermatozoïdes de pénétrer à l’intérieur du col de l’utérus ainsi que de féconder l’ovocyte. Il est intéressant de remarquer que ce phénomène problématique résiste aux traitements par œstrogènes proposés pour ce type de stérilité qualifié d’immunologique.

Mais une fois de plus, les femmes ne sont pas les seules à subir l’impact du stress sur leurs qualités reproductives.hnui.jpg

Une étude polonaise « The effects of stress on the semen quality, MedPr, (2010) à montré l’impact négatif du stress sur la qualité du sperme de l’homme.

De plus, l’anéjaculation psychogène, qui désigne l’impossibilité d’éjaculer sans causes organiques, constitue environ 90 % des anéjaculations. La population présentant ce trouble est généralement jeune, entre 20 et 40 ans. Corona et al. associent ces difficultés d’éjaculation à un excès de contrôle du plaisir couplé à une certaine peur de l’échec. Ils avancent que cette tranche d’âge est particulièrement exposée aux facteurs de stress tel que la réussite professionnelle, sociale et familiale ; qu’ils recherchent à tout prix, contribuant ainsi à l’entretien d’un état d’angoisse.

D’autres troubles psychiques s’accompagnant de répercussions physiologiques autour du thème de la maternité auraient pu être traités dans cet article. C’est par exemple le cas du déni de grossesse, Gorre-Ferrangu (2002) parle de « complaisance somatique » dans la mesure où le refus psychique de la grossesse est autoentrepreneur par un schéma corporel peu modifié. Ainsi, les modifications corporelles associées à la grossesse, telles que la prise de poids ou les vomissements se trouvent minimisés.

Quoi qu’il en soit, gardons à l’esprit que la prise en charge psychologique de ce type de trouble mixte ne doit pas être occultée par la dimension physiologique, médicale, qui a malheureusement tendance à prévaloir.

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