Quand l’identité intime défie l’anatomie : la transexualité

La transexualité questionne, intrigue, choque parfois les mentalités car elle remet au goût du jour le débat nature/ culture des théories établies. La différence des sexes s’enracine-t-elle dans un ordre biologique, psychologique et naturel ? Cet article n’a pas pour but d’apporter de réponse à cette question mais tend à éclaircir certains termes et de mettre en avant le positionnement de la psychiatrie sur cette question.Gender-Identity

 

Identité sexuelle ou identité de genre ?

Le terme de « transexuel » date de 1953. Il a été introduit par Harry Benjamin, un endocrinologue pour « désigner les personne qui se sentent appartenir à l’autre sexe et éprouvent le besoin de modifier leur corps » (C., Mouzon. L’invention des trans. Sciences humaines numéro 261 juillet 2014 p.37). Ce terme a été remis en question, bien qu’il soit toujours utilisé dans le milieu médical, tout comme ses dérivés que sont la transexualité et le transexualisme car « ils confondent genre et sexualité » selon le sociologue A. Alessandrin (p.37).

Le psychanalyste Robert Stoller a conceptualisé la notion d’identité de genre pour qualifier ceux dont l’identité psychologique intime, donc se sentir fille ou garçon, entre en conflit avec le sexe anatomique et hormonal. Ce concept de genre avait déjà été introduit par le psychologue John Money en 1955 afin de distinguer le rôle social du sexe. Trois termes sont donc à différencier :

  •  le genre social qui qualifie les rôles, les droits, les statuts et les représentations sociales qui sont faites de l’homme et de la femme. Ex : un homme ne doit pas porter de robe dans notre société contemporaine occidentale, hormis pour des métiers spécifiques tel que celui d’avocat. Le genre social serait alors une construction sociale.
  • l’identité de genre de R. Stoller qui traduit le conflit entre son sexe anatomique et son identité psychologique de femme ou d’homme.
  • l’orientation sexuelle. Durant longtemps la société a eu tendance à assimiler la transexualité à une forme d’homosexualité, et ce contresens demeure encore dans certaines mentalités. Or, les orientations sexuelles des transexuels n’est pas assimilable à leur identité de genre, ils peuvent donc se revendiquer hétérosexuels, homosexuels ou bisexuels selon qu’ils se considèrent fille ou garçon.

En 1978, l’activiste américaine Virginia Prince invente le terme de « transgenre ». Il est d’abord appliqué aux personnes vivant à temps plein dans l’autre genre sans modifications de leur sexe anatomique. Puis, ce terme s’élargit pour englober toute la communauté trans (transgenres et transexuels). Le débat sur les termes à adopter demeure. Si certains se positionnent dans la lignée de A. Alessandrin et craignent que l’on confondent leur identité de genre et leur orientation sexuelle et privilégie donc le terme de « transgenre », d’autres au contraire revendiquent l’appellation de « transexuels ». En effet, ces derniers considèrent que si leur sexe anatomique a été modifié par des traitements médicaux, leur identité de genre demeure la même et refuse donc le terme de transgenre.

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Le regard de la psychiatrie aujourd’hui

La définition psychiatrique de la transexualité est celle d’un trouble de l’identité sexuelle, aussi appelée dysphorie de genre (Norman Fisk, 1974). La dysphorie de genre, autrefois appelée trouble de l’identité du genre, est considérée comme un trouble mental selon le DSM 5 : « Non congruence affective/ cognitive d’un individu avec son genre assigné » (p.535) à partir du moment où cette incompatibilité génère une détresse et de la souffrance. Certains critères diagnostics feraient bondir des défenseurs de la théorie du genre comme la « forte préférence pour les jouets, jeux ou activités typiquement de l’autre sexe » (critère numéro 4 pour les enfants) ou encore « chez les garçons (genre assigné), fort rejet des jouets, des jeux et des activités typiquement masculins et évitement marqué des jeux de bagarre, ou chez les filles (genre assigné), fort rejet des jouets, des jeux et des activités typiquement féminins » (critère numéro 6). 6 critères sur 8 doivent être validés afin de pouvoir affirmer une dysphorie de genre.

Genre et sexe devraient être en accord et c’est cela qui génère de la souffrance. La réponse à cette souffrance peut soit être hormono-chirurgicale, soit thérapeutique, voire les deux. En France, des traitements hormonaux et chirurgicaux (vaginoplastie, phalloplastie, etc) peuvent être mis en place afin de permettre une « transition », mais comment définir ceux qui peuvent en bénéficier ou non ? La transexualité étant toujours perçue comme une maladie, ou du moins un trouble mental, il a fallut définir des critères d’accès ou non à des soins médicaux. Robert Stoller a ainsi distingué les transexuels primaires chez qui la distorsion sexe biologique et genre remonte à l’enfance et est trop importante et qui nécessitent des soins médicaux si ils le souhaitent, et les transsexuels secondaires devant être pris en charge sur le divan. Aujourd’hui, endocrinologues et psychiatres travaillent main dans la main afin de permettre un accès aux traitements hormonaux et chirurgicaux qui restent subordonnés à des entretiens psychiatriques. Si la volonté première est d’aider et d’accompagner les personnes transsexuels afin qu’elles puissent vivre en harmonie avec elles mêmes, leur seul moyen d’accéder a des soins visant la transformation de leur sexe biologique est de pathologiser, de se reconnaître « malades ».

 

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Garçon ? Fille ? Neutre ?

Si certains trans’ se reconnaissent dans l’un des deux genres : féminin ou masculin, d’autres ont peu à peu plaidés pour sortir de la binarité fille/ garçon du genre, on les appelle les « gender neutral ». Si pour la médecine occidentale les choses sont claires : il n’y a que deux sexe, à travers le monde plusieurs traditions reconnaissent l’existence d’un troisième sexe (les akava’iné chez les Maoris, les burnesha en Albanie, les kathoey en Thaïlande, les muxe au Mexique, etc). Certains vont même jusqu’à reconnaitre 5 sexes comme les Bugis en Indonésie qui reconnaissent les hommes, les femmes, les androgynes, les travestis hommes et les travestis femmes comme des identités sexuées à part entières.

Ci dessous la  vidéo « I’m not « trans enough » » qui a souhaité dénoncer les critiques au sein même de la communauté Trans (aussi appelée FTM : Female to Male community) pour ceux se revendiquant neutres.

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Un commentaire

  1. Bel article merci,
    il me semble tout de meme que vous (l’auteur), sans le vouloir?, prenniez partit. D’ailleurs, pourquoi n’avoir pas directement parlé de la théorie du genre mise en avant par les associations?
    Au delà d’une approche psychopathologique (DSM et psychiatrie) opposée à la sociologique (différences culturelles et troisième genre comme dans les pays nordiques par exemple) il aurait pu être interessant de questionner l’approche psychanalytique. En effet, des auteurs tel que Freud par la distinction des genres avec l’Oedipe ou Jung avec les notions d’anima et animus apportent d’autres éléments de compréhension. Ne tombons pas dans le piège d’un clivage ni d’une fusion totalitaire des genres qu’ils soient biologiques, sociaux ou psychique!

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