Le suicide chez les adolescents

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C’est avec beaucoup de joie et de respect que nous avons accueilli à Psychoprat M. Bernard Golse, pédopsychiatre nationalement reconnu pour ses nombreux travaux et ouvrages sur le sujet. Il est d’ailleurs plus précisément pédopsychiatre-psychanalyste, chef de service de pédopsychiatrie de l’Hôpital Necker-Enfants Malades, professeur de psychiatrie à l’université Paris Descartes et président de l’Association Européenne de Psychopathologie de l’Enfant et de l’Adolescent (AEPEA), pour ne citer que cela.

Il a notamment été l’élève de Michel Soulé, qui a été l’un des pionniers dans la pédopsychiatrie prénatale avec Serges Lebovici. C’est en parti pour cela que M. Golse s’est vivement intéressé au bébé et son développement à travers divers écrits. On comprend donc mieux pourquoi l’une des trois problématiques qui l’animent est « le bébé et la mise en place de son appareil psychique » ; les deux autres étant « l’autisme et les troubles du développement » et « l’adoption et ses conséquences sur l’enfant ».

I) Définition et approches théoriques

Après cette brève introduction sur son parcours et sur les différents champs sur lesquels il lui est arrivé de travailler, M. Golse nous souligna l’importance de tenir compte de certaines choses utiles dans sa pratique.

Des causes endogènes et exogènes de la psychopathologie

« La psychopathologie est un domaine de réflexion très important, mais elle n’est malheureusement quasiment plus enseignée en médecine […] c’est en cela qu’elle est un véritable trésor qu’il nous faut chérir précieusement » commence notre orateur. Il expliqua que cette discipline est pourtant très importante en médecine car les troubles mentaux tirent leurs causes de deux sources : il y a d’une part des causes exogènes (c’est-à-dire qui viennent de l’extérieur, par exemple de traumatismes), et d’autre part des causes endogènes (qui viennent de l’intérieur, donc du neurologique).

Effectivement, la psychopathologie a pour but de nouer ces deux branches, car l’environnement a autant d’importance que le génétique. Il faut sortir de cette vision limitée qui consiste à penser que les causes de la maladie mentale ne sont dues qu’à des faits extérieurs au sujet jusqu’à dénier le biologique. 

En ce sens, les problèmes mentaux que pourraient rencontrer des enfants ou des adolescents ne viennent pas nécessairement des parents. Le pédopsychiatre nous confia d’ailleurs que s’occuper de jeunes en ayant ce genre de schémas de pensée en tête s’avère faux, nocif et dangereux. Faux car il été scientifiquement prouvé que il y a aussi des causes endogènes ; nocif car culpabilisant pour les parents, ce qui va aggraver les choses et ainsi gêner la thérapie ; et dangereux car tout enfant porte en lui quelque part la motivation de « guérir » ses parents.

Il est donc très important d’adopter un modèle poly-factoriel, car toutes les difficultés de l’enfant ne viennent pas forcément du père ou de la mère. En fait, il existe une multitude d’éléments qui peuvent plus ou moins avoir un impact sur le développement psychique de l’enfant. L’enfant a aussi besoin de tierces personnes en dehors de ses parents : frères, sœurs, cousins, amis. Il n’y a pas que les parents à prendre en compte, si l’enfant a des difficultés psychiques malgré des parents attentifs et appliqués, il est possible que ce soit parce que les tiers ne fonctionnement pas.

M. Golse a ensuite rapidement ouvrir son exposé sur l’épigénétique, qui peut se définir comme l’étude des influences de l’environnement cellulaire ou physiologique sur l’expression des gènes. Selon lui, cette discipline devrait prendre une place beaucoup plus importante dans le futur ; il part  du prédicat que d’ici quelques décennies, on se sera sûrement rendus compte de l’importance de l’endogène et de l’exogène. Ainsi, on arrêterait de considérer la vision biologique et environnementale comme deux visions drastiquement opposées mais, au contraire, comme des visions nécessairement complémentaires l’une de l’autre.

De l’apport de la psychanalyse: la théorie de l’après- coup

Suite à ce développement, B. Golse évoqua brièvement les apports de la psychanalyse en psychopathologie et nous fit part de ses réflexions personnelles à ce sujet. Il avança notamment l’idée que si la psychanalyse est très attaquée par le public, ce n’est pas tant que le public est contre la discipline, mais plutôt qu’il est de manière générale hostile aux sciences humaines. Concernant la psychopathologie, notre orateur affirma que « c’est un vaste monde qui ne demande qu’à être exploré », étant donné qu’il existe de la psychopathologie développementale, transculturelle, cognitive ect. Mais il tint à rappeler que malgré tout, c’est la psychanalyse qui a amorcé la discipline, notamment avec la théorie de l’après-coup, qui a une importance capitale dans la compréhension de la psychopathologie et du suicide. La théorie de l’après-coup désigne le remaniement par le psychisme d’événements passés, en fonction d’expériences, de conceptions ou de besoins ultérieurs. Cette théorie doit être comprise dans deux sens : il y a un mouvement du passé vers le présent, mais aussi  un mouvement du présent vers le passé. Ce que nous sommes devenus aujourd’hui nous permet, et ce tout le long de notre vie, de relire notre passé et de le « changer ». Cette théorie a une importance capitale afin de saisir les causes du suicide.

Ce qui va faire penser au suicide, ce sont les idées noires, des pensées morbides qui nous tourmentent et nous empêchent d’avancer, qui nous maintiennent en lien avec un traumatisme passé ou une période de notre vie que l’on aimerait oublier. La théorie de l’après-coup nous permet d’inhiber ces idées noires : même si l’on ne peut pas changer les événements que l’on a vécu, on peut tout de même changer nos rapports et notre regard vis-à-vis de ces derniers.

Notre orateur nous relata alors une anecdote qui plaisait beaucoup à Freud, reprise par Laplanche rdans son livre L’homme, entre séduction et inspiration, et qui illustre bien cet aller-retour entre le présent et le passé. C’est l’histoire d’un homme qui est intéressé par les femmes. Cet homme, à un certain moment, s’arrête, médusé, devant une scène d’allaitement. Il regarde une jeune femme qui est en train d’allaiter un bébé, et, dans sa fascination, une pensée très nostalgique lui vient : « Ah la, la ! Si j’avais su quand j’étais bébé que les seins des femmes étaient si jolies, certainement j’aurais tété autrement ! ». On voit bien ici que le bébé qu’il a été rend compte en partie de l’homme amateur de femmes qu’il est devenu ; mais l’homme intéressé par la sexualité qu’il est devenu réécrit autrement ses souvenirs de bébé. On peut d’ailleurs retrouver cette idée là dans une inscription sur la maison de Freud à Londres : « it’s never too late to have a happy childhood » ; il n’est jamais trop tard pour changer notre relation avec notre histoire.


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II) Comment se passe l’adolescence ?

 L’adolescence n’est pas une période de la vie évidente, autant pour les adolescents que pour leurs parents. Elle est d’ailleurs très difficile à délimiter précisément dans le temps : bien que les psychologues se soient mis d’accord sur le fait qu’elle commençait à la puberté vers 9-10 ans pour les plus précoces, la fin de l’adolescence est beaucoup plus difficile à concevoir. Cette limite est très difficile à fixer car elle peut s’étirer quasiment indéfiniment, on peut même parler de post-adolescence.

  Ce qui doit vraiment nous intéresser lorsqu’on parle de l’adolescence, c’est surtout la pré-adolescence selon M. Golse. A cet âge chaque individu va subir des transformations physiques (la puberté) et psychiques (le pubertaire) : ces transformations sont en général couplées mais elles peuvent se faire séparément selon les individus.Dessin1.jpg

Ce qui pose problème, c’est lorsque l’une de ces deux transformations est considérablement en avance par rapport à l’autre. Par exemple, il arrive que malgré son corps fragile et inoffensif, un enfant puisse être préoccupé par de grandes questions existentielles dont il ne pourra discuter ni avec des personnes de son âge qui ne le comprendront pas, ni avec des personnes plus âgées qui ne le prendront pas au sérieux.  A l’inverse, une personne plus ou moins âgée mais qui n’arrive pas à grandir psychiquement se trouvera ridiculisée par les autres et ne trouvera sa place qu’auprès de plus jeunes que lui. Le décalage est alors très difficile à concevoir pour le jeune.

« On a tendance à dire, lorsqu’on est adultes, que l’adolescence c’était le bon temps … sauf qu’il n’en est rien », nous annonça Bernard Golse. Si l’on garde en général de bons souvenirs de l’adolescence lorsqu’on est adultes, il y a tout de même une grande différence avec le vécu de l’adolescent sur le moment. Cette période que nous nous traversons tous peut être quelque chose très périlleuse voir malheureuse, notamment avec des problématiques liées à la mort et beaucoup de renoncements.

L’adolescence est une période plus trouble à notre époque qu’elle ne l’était auparavant.  Autrefois, on demandait aux adolescents de s’identifier à des adultes stables qui  exerçaient  le même métier toute leur vie par exemple, et qui allaient donc rester les mêmes malgré toutes les « galères » qu’ils pouvaient rencontrer. A l’inverse, on demande aux adolescents d’aujourd’hui  de s’identifier à des adules mouvants, constamment dans le changement (professionnel et personnel), bref des adultes qui sont dans un perpétuel recyclage de leur vie. Si on rajoute à cela l’instabilité intrapsychique qui oppresse l’adolescent à cause des questions existentielles qu’il se pose, on obtient une véritable boule de pulsion qui risque d’exploser à tout moment. C’est pour cela que vont se constituer de nombreux groupes à cet âge, car les ados ont besoin d’identifications et de points de repères. Pour se sentir exister ils vont se « coller » certaines caractéristiques de l’autre, il y aura une certaine « adhésivité » avec des habits, des types de musiques ou des activités extrêmement similaires. L’adolescent va se sentir exister dans ce collage et dans cette uniformisation, il aura le sentiment d’appartenir à un groupe qui pourra le protéger et avec qui il pourra discuter de ce qui le travaille intérieurement.

Du bébé à l’adolescent

Notre intervenant étant un pédopsychiatre très intéressé par le bébé, il s’est penché sur les liens entre le nourrisson et ce qu’il devient plus tard. Depuis une dizaine d’années B. Golse s’intéresse donc à la thématique bébé-ado car il a été démontré qu’à l’adolescence on reprenait bien souvent des mécanismes psychiques issus de chez les tous petits. Ces mécanismes ne disparaissent pas à l’adolescence, ils vont en fait se réactiver comme des destins du matériau psychique, et c’est en cela que la psychiatrie du bébé est très utile pour repenser le fonctionnement des adolescents. L’adolescent, comme l’enfant et le bébé, n’est pas seul, il y a toujours un environnement pour le soutenir et l’influencer.

Des études sur le bébé nous ont appris que l’adolescence est une remise en chantier des systèmes d’attachement. C’est une période qui offre l’occasion de ré-expérimenter un schéma d’attachement, qui va apparaître comme moins fixe qu’on ne le pensait auparavant. Il y a en réalité une plasticité des schémas d’attachement. « Il est plus difficile d’entrer dans l’adolescence quand on n’a pas été bébés assez longtemps » selon M. Golse. Le problème, c’est qu’on demande aux enfants d’être grands, d’être autonomes en fait, beaucoup plus tôt qu’avant, notamment dans les villes occidentales. L’enfance est très contextualisée en fonction de la société, de la région, du temps ect, mais on voit quand même une tendance se dessiner : l’âge moyen des premières grossesses est de plus en plus tard (en France il est de 29 ans). Mais plus l’enfant est tardif plus on va rapidement lui demander d’être autonome, et plus on va lui demander vite d’être autonome, plus il va y avoir du mal.

L’adolescence est avant tout un moment propice pour que l’enfant retravaille ses enveloppes psychiques. D’abord travaillées chez le bébé dans la Triade (parents- enfant), ces enveloppes vont pouvoir changer avec la création de nombreux groupes comme évoqué plus haut. Les groupes, d’amis notamment, vont pouvoir offrir à l’adolescent un espace où il pourra dévoiler ses angoisses, ce qui le trouble, et ainsi décharger tout ce conflit intérieur qui le ronge, qui est beaucoup trop dur à supporter pour un Moi fragile tel que le sien. Le groupe va ainsi exercer une fonction contenante permettant la transformation de l’adolescent : en parlant de ses angoisses, l’ado va se sentir compris, car la douleur psychique va être contenue dans le groupe. Le fait d’en parler et que le groupe ait un rôle de support va donner à l’adolescent un sentiment de sécurité et surtout de compréhension, ce qui apaisera tout de suite les angoisses de ce dernier.

Ces angoisses, c’est ce que M. Golse appelle des « énigmes ». Ce concept est la clef de voûte pour comprendre le suicide chez l’adolescent. L’énigme pourrait se définir comme « l’ensemble des éléments que l’on ne peut pas traduire, c’est tout ce qui reste indécodable ». L’énigme nous touche tous à tout moment, mais durant l’adolescence on est vraiment envahis d’énigmes, elles sont trop nombreuses pour qu’on puisse toutes les gérer. Elles nous séduisent et à la fois nous effraient.
Déjà bébés nous sommes confrontés à des énigmes. Par exemple, quand le bébé tète le sein de sa mère, le sein n’apparaît pas seulement comme un objet alimentaire mais aussi comme un objet névrotique car le sein est aussi une partie de son corps érotisé. Le bébé comprend consciemment qu’on lui donne à manger mais en même temps il reçoit des messages et des sensations à travers l’inconscient. Le bébé sait quoi faire du lait mais non des messages sexuels, et c’est là qu’apparaît l’énigme : il va stocker ces messages dans l’inconscient car il est encore trop immature pour en saisir la teneur.
Pour l’adolescent, l’énigme vient de la puberté et du pubertaire, mais cela reprend le même schéma. Les transformations à la fois physiques et psychiques qu’il subit et qu’il ne choisit pas l’attirent autant qu’elles lui font peur. Il ne peut rien maîtriser et cela va entamer son narcissisme, sa confiance en lui et, c’est là qu’est le problème, provoquer de l’inquiétude, de la honte, du dégoût et de la haine envers sa propre personne. On en vient enfin au suicide, car c’est précisément autour de cela que s’articule tout le mécanisme suicidaire.

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III) Les causes du suicide et sa prise en charge

Si les adolescents ou les pré-adolescents se suicident, c’est à cause de ces énigmes qui vont investir toutes leurs pensées. Ce sont souvent des questions existentielles concernant la vie, la mort, la sexualité, le bien, le mal ect, tant de questions auxquelles ils ne peuvent répondre alors qu’ils recherchent justement ces réponses. Ces idées noires vont commencer à tourner en boucle dans l’esprit de l’adolescent, et comme la mort est au centre de ces problématiques, il va y penser de plus en plus.

Maintenant vient la question de « pourquoi pense-t-on à la mort? » qui reposent sur  deux raisons principales selon B. Golse :

  1. D’un point de vue développemental : Il est nécessaire de penser à la mort car un développement ne va jamais sans pertes. Pour se développer, il faut renoncer à ce qu’il y a derrière nous, à l’étape précédente: par exemple le bébé doit renoncer à l’idéalisation de ses parents, à sa bisexualité, à son omnipotence pour pouvoir évoluer. Il y a donc nécessairement un renoncement à chaque période d’évolution qui sont un mélange à la fois de triomphe et de nostalgie. Encore sur ce point, le bébé et l’adolescent présentent des similitudes. Quand un bébé apprend à marcher, ou quand un adolescent obtient son premier scooter, ils vont tous les deux parcourir une grande distance d’un seul coup. Puis ils vont se retourner, contents d’avoir conquis une certaine autonomie, avant de se rendre compte que cette autonomie va changer quelque chose en eux. En acquérant cette autonomie, ils renoncent aux repères infantiles qu’ils avaient jusqu’à maintenant pour s’en construire d’autres.

  2. D’un point de vue cognitif : l’idée est que les réflexions métaphysiques et autres questions existentielles peuvent être pensées à l’adolescence, mais elles restent toutefois difficiles à traiter. Les adolescents vont alors constituer des groupes afin d’en parler ensemble, ce qui est moins pesant. Le fait de discuter philosophie avec des filles et des garçons va permettre d’atténuer la différence des sexes qui se creuse pourtant à cet âge avec l’apparition des caractères sexuels secondaires. Ces caractères sexuels secondaires vont tout de même interroger les adolescents et causer une cassure dépressive (breakdown) avec des fantasmes masturbatoires. En prenant des sujets décentrés d’eux-mêmes, les adolescents vont alors nécessairement évoquer la mort.

Attention à ne pas stigmatiser car penser à la mort ou au suicide, avoir des idées noires ou morbides n’est pas grave en soi. Tout le monde a déjà pensé à la mort, et souvent au suicide, mais il y a une grande différence entre la pensée et le passage à l’acte : il y a certes beaucoup de tentatives de suicide à l’adolescence, mais peu aboutissent au final. La question du passage à l’acte est difficile à traiter même pour des adolescents qui ont pensé au suicide pendant très longtemps. Il faut savoir que le passage à l’acte proprement dit ne se fait qu’au travers d’une pulsion, mais que cette pulsion n’arrive pas tout le temps au moment venu.

L’impulsivité fait parti de la vie intrapsychique de tout adolescent, mais la plupart d’entre eux sont capables de retenir ces pulsions parce qu’ils y ont été habitués  bébés. La différence entre les enfants qui ont eu une mère « suffisamment bonne », comme le dirait Winnicott, et les enfants qui ont eu une mère trop bonne réside dans le fait que les premiers savent attendre avant d’avoir leurs besoins satisfaits, là où les autres ne sauront le faire. Une fois adolescents, il en résulte que les uns sauront attendre et prendre leur mal en patience malgré les pulsions qui les tiraillent, alors que les autres ne le supporteront pas et tenteront d’y mettre un terme, parfois à travers une tentative de suicide.

Grandir n’est pas une chose facile pour les adolescents aussi en raison de leurs parents, car même si souvent ils rêvent d’indépendance, ils ont quand même besoin d’indépendance. L’adolescent sent qu’il est fragile et vulnérable, il a donc envie de montrer qu’il est moins faible qu’on ne le pense, et va avoir tendance à se mettre en danger ou à se rebeller pour le prouver. Les premières personnes qui vont souffrir des comportements de l’adolescent sont donc les parents.

Et les parents ? 

M. Golse a alors évoqué le vécu des parents d’adolescent, ce qui est assez intéressant  si l’on veut bien comprendre l’ambiance qui peut régner dans une famille. Les parents d’adolescents de 15 ans ont en moyenne 40 ou 50 ans, et sont par conséquent eux aussi dans une crise, ils passent d’un état à un autre. Dans cette crise, même s’ils aiment leurs adolescents, ils éprouvent de l’ambivalence et une part d’eux peut être jalouse de leur jeune âge : ils ont la vie devant eux ! Si c’est de la jalousie, il n’y a pas de quoi s’inquiéter car ils voudront simplement les bonnes choses qu’ont leurs enfants. Par contre, l’envie peut être beaucoup plus néfaste car  les parents auront envie de détruire les bonnes choses qu’ont leurs enfants, ils peuvent devenir attaquants. Le poids de l’envie parentale peut alors se faire ressentir et peser sur le climat familial. Il peut y régner une ambiance avide et non-chaleureuse dont un adolescent  n’a vraiment pas besoin. Comme évoqué plus haut,  les enfants naissent de plus en plus tard dans le couple, et sot donc susceptibles d’être plus jeunes lorsque leurs parents entre dans leur crise. Ainsi, ce sont de plus en plus de pré-adolescents qui tentent de mettre fin à leurs jours chaque année. Même si c’est un phénomène relativement récent, un rapport de 2011 de Boris Cyrulnik sur les grandes villes occidentales montrait déjà cette tendance.

Des pistes de prise en charge

Avant de terminer la conférence, M. Golse souhaitait nous sensibiliser sur la façon de soutenir et d’écouter un adolescent qui aurait tenté de se suicider.

  1. Toute tentative est grave, mais certaines sont plus destructrices que d’autres. Il existe des degrés de destructivité, il faut donc jauger  l’équilibre entre le socle de pulsion de vie (fonction d’appel) et le socle de pulsion de mort (fonction de destructivité) de l’adolescent.

  2. La question de l’auto-agressivité ou de l’hétéro-agressivité. Il faut réussir à déterminer si l’adolescent a tenté de se suicider car il était poussé par une véritable pulsion de mort, ou s’il voulait simplement faire passer un message. Certains vont faire des tentatives uniquement dans le but de montrer aux autres ce qu’on lui a fait subir.

  3. La question de la destruction du tout ou d’une partie de soi. Il faut aussi réussir à déterminer si l’adolescent cherche à détruire toute sa personnalité ou seulement certaines parties de lui. Parfois il peut juste avoir envie de réduire au silence des parties psychiques ou physiques trop énigmatiques pour être supportables. Il faut garder en mémoire que plus l’enfant est jeune, plus son concept de la mort est immature, il peut ne pas avoir vraiment conscience que la mort est irréversible. Il peut également ne pas avoir conscience de ce qui entoure la mort, ce qui la représente indirectement et donc ne pas savoir dans quoi il se lance quand il essaye de « se donner la mort ».

Dans la plupart des cas,  le but d’une tentative de suicide est de faire passer un message. L’adolescent qui tente de se suicider recherche rarement la mort en tant que t-elle, puisqu’il ne la connait pas, mais souhaite vivre autrement et éloigner sa souffrance.  La question de la récidive se posera si l’adolescent pense que son premier message n’a pas été entendu par les proches ou les soignants. A partir du moment où l’on essaye de comprendre ce qui a poussé l’adolescent à essayer de se suicider, alors les tentatives de récidives tendront à s’amoindrir.

Dans le cas de tentatives de suicide, on peut aussi essayer si possible de ré-intriquer et de ramener de la créativité dans la destructivité de l’adolescent, à travers des psychothérapies personnalisées, afin qu’il puisse élaborer quelque chose de tout ce qu’il s’est passé. Cela reste cependant assez difficile à réaliser si ce dernier est poussé par des pulsions de mort puissantes qui inhibent toute motivation.

 Il peut être s’avérer également très utile de prendre en charge l’ensemble de la famille en psychothérapie de groupe, et de porter une attention toute particulière aux frères et sœurs de l’adolescent qui peuvent  touchés très profondément par les événements. Il faut réussir à sensibiliser les parents sur les causes d’une tentative de suicide sans les culpabiliser, et leur faire prendre conscience que leur enfant veut faire passer un message.  Faire comme si de rien ne s’était passé reviendrait à nier cette fonction de message et à ne pas légitimer la raison de son acte.

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Avant de terminer cet article, j’aimerai rajouter une petite touche personnelle en vous incitant grandement à aller regarder la série 13 Reasons Why si le thème du suicide vous intéresse. Vous en avez sûrement entendu parler récemment en raison du succès international qu’elle a eu et  sachez que c’est adapté d’un livre, donc que vous soyez plutôt branché Netflix ou davantage du genre à bouquiner, jetez-y un œil !

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