Conférence sur le transgénérationnel

Le 26 octobre, l’EPP Pro de Lyon a eu la chance d’accueillir Madame Andrée Herbin pour une conférence sur le transgénérationnel.

Madame Herbin travaille avec une orientation psychanalytique, enrichie d’autres ouvertures.

Nous sommes des êtres de transmission et par conséquent placés dans une filiation.

Sur le terrain, en psychogénéalogie, il y a des anthropologies et des cliniques différentes : nous les détaillerons par la suite.

En analyse, la question de la transmission peut se poser et il arrive que nous nous intéressions aux premières relations pour mieux comprendre la place du sujet dans sa généalogie.

L’intérêt pour la psychogénéalogie est relativement récent : les psychanalystes hongrois Nicolas Abraham et Maria Torok ont amorcé le travail en parallèle avec Françoise Dolto et Jacques Lacan. Dans les années 1990, Anne Ancelin Schützenberger a formulé le nom de « psychogénéalogie ». Elle conçoit cette approche comme une analyse transgénérationnelle. Anne Ancelin a été formée au psychodrame de Moreno et à la Communication Non Verbale. La psychogénéalogie est donc une approche très liée à la personnalité de ses fondateurs, eux même issus d’une filiation théorique.

D’autres approches existent, telles que le courant des psychothérapies familiales qui étudient l’impact sur les générations. Ivan Nagy, pionnier dans le domaine de la psychothérapie familiale, s’est intéressé à la loyauté, à l’éthique du donner/recevoir et à la confiance.

Bert Hellinger, philosophe et psychothérapeute, a inventé l’outil des constellations familiales, correspondant à des mises en scène de la structure familiale. Il cherche à voir la dynamique particulière, un peu comme dans les tragédies grecques : comment reconnaître les liens ancestraux et reprendre sa propre route ?

Ce sont là des outils, parfois un patient réalise sa constellation familiale et puis ça s’arrête là, cela ne s’inscrit pas forcément dans le cadre d’une analyse.

Du côté de la psychanalyse transgénérationnelle, il y a une prise en compte de l’influence ascendante : quel est la place du sujet ? Quelles sont ses relations primaires ? Nous nous intéressons à l’inconscient transgénérationnel. Dolto a été la première à approcher ce concept lorsqu’elle parlait de l’image inconsciente du corps,  le bébé in utéro ayant déjà une vie inconsciente lié à l’inconscient maternel.

Ferenczi, dans les années 1930, avait déjà étudié la question des traumatismes infantiles. Ce travail a été poursuivi par Maria Torok et Abraham Nicolas avec la clinique du fantôme, c’est-à-dire les effets des secrets de famille sur les générations. En France, Serge Tisseron s’intéresse à la clinique du secret.

Ce qui différencie les différentes approches, c’est leur conception de l’humain et du traumatisme, ainsi que la méthodologie qui va s’en suivre. C’est un travail singulier, à l’écoute de ce que les patients amènent. Le patient est un sujet de parole, inscrit dans une transmission, il a quelque chose à dire en son nom.

En psychanalyse, on suppose que les êtres humains sont des sujets en devenir : l’information, l’événement passe toujours par la relation. Ainsi il faut être conscient qu’un événement à lui seul ne suffit pas à faire un traumatisme, aussi choquant soit-il. C’est la façon dont on en parle, dont il vient toucher le sujet qui peut être traumatisante. Nous pensons là aux enfants qui vivent des expériences difficiles mais qui sont accompagnés et qui ne quittent pas leurs parents : ces expériences difficiles ne deviennent pas forcément des traumatismes.

Ce qui va être entendu chez un sujet, c’est comment il est pris dans un discours, qu’est ce qui se dit de sa conception. On dit souvent « les parents attendent un enfant », or c’est l’enfant qui « crée » les parents. Être parent, cela fait écho à sa propre histoire, sa propre place de fils, de fille ; où le parent en est-il dans sa relation à ses propres parents ? Comment de sa place de fils ou fille investit-il la fonction maternelle et paternelle ? C’est la permutation des places.

Ainsi, une personne peut avoir une place à l’état civil, et dans l’inconscient, occuper une toute autre place. Certains patients arrivent et expriment ce mal-être « je ne me sens pas à ma place ».

Dans tous les cas, nous sommes dépositaires de quelque chose, nous avons un héritage inconscient. Un héritage, ça se trie, on ne garde pas tout. Parfois, on garde une partie de cet héritage sans se le dire, et cela crée des symptômes : il y a des gens qui sont à des places plus complexes au niveau de la transmission inconsciente.

Le symptôme peut être une manière de faire mémoire, d’être loyal envers son ancêtre par le biais de celui-ci, pour ne pas oublier.

Il y a également le syndrome d’anniversaire, c’est-à-dire le fait qu’à la même date, quelqu’un à  chaque génération suivante connaisse à son tour un accident par exemple.

[Question : qu’est-ce qu’un fantôme du passé ?]

Un fantôme du passé, c’est un mort pas mort : un mort qui peut avoir été enterré physiquement mais pas enterré symboliquement et reste comme présent dans l’inconscient. Nous pensons également aux corps que l’on ne retrouve pas, disparus pendant les guerres ou en mer. Nous sommes la seule espèce à faire des sépultures, c’est nécessaire pour l’être humain car c’est déjà difficile de symboliser la mort tout court, alors cela aide d’avoir un endroit, un acte d’état civil. Le processus difficile est de laisser le corps là où il doit aller et de garder en soi la relation avec cette personne.

Si le corps n’est pas retrouvé, il y a des processus de deuil non faits et le tombeau peut être une personne vivante (syndrome du gisant). Ainsi une personne vivante peut être hantée, habitée par la personnalité d’un ancêtre.

[Question : suffit-il de faire un travail et d’être libéré d’un héritage qui nous travaille pour ne pas le transmettre à nos enfants ?]

La transmission inconsciente existe toujours. Nous n’avons pas le contrôle sur notre inconscient ni sur ce que nous transmettons. Si l’on fait un travail, on inscrit cette affaire qui nous interpelle dans le passé. Cette affaire-là est donc définie, posée, réglée et ne passera pas ; cependant d’autres choses peuvent passer. On dit parfois que les enfants sont les meilleurs thérapeutes : s’ils sentent quelque chose, ils viendront eux même poser des questions.

Nous remercions Madame Andrée Herbin d’avoir pris le temps de venir nous parler, d’avoir répondu à nos nombreuses questions et d’avoir ouvert des pistes de réflexion.

Si vous souhaitez aller plus loin, voici quelques références bibliographiques :

ALLAIS J., La psychogénéalogie, comment guérir de sa famille ?, Eyrolles

ANCELIN SCHÜTZENBERGER A., Aïe mes aïeux, Editions Epi

DOLTO F., Inconscients et destins, Seuil

HOROWITZ E., Se libérer du destin familial, Dervy

GRIMBERT P., Un secret, Le livre de poche

https://www.andreeherbin.com/ ebook téléchargeable : Devenir Sujet

 

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