Le Faux self de Zelig

Il m’est rarement arrivée de tomber amoureuse … d’un film. Tout d’abord parce qu’on se lasse vite, oubliant rapidement la dernière sortie cinéma. Mais, cette fois-ci, Zelig est venu me titiller l’oeil hier soir et le voilà ce matin passé au crible du Dailypsy.

Pourquoi tant d’engouement? Premièrement parce qu’il fait partie des oeuvres qui méritent un premier regard. Comme un coup de foudre, le premier visionnage reste le plus important, les suivants ne font que confirmer l’intuition première.

Bon, en quoi est-il si merveilleux ce énième Woody Allen datant de 1983?

Petite mise en bouche avec le magazine The Rolling Stone:

Ce film est une comédie absurde d’erreurs sur un homme impuissant qui peut czelig-moviehanger d’apparence en fonction de ce qui l’entoure. Ce que fait vraiment Zelig, c’est rappeler au spectateur à quel point Allen est un génie lorsqu’il s’agit de l’art de la comédie. Il travaille avec des archives en noir et blanc dans lesquelles il s’intègre grâce à un fond bleu. Le résultat montre le héros tel un caméléon aux côtés de figures historiques (de Hearst à Hitler) de la manière la plus homogène possible. Ce film est encore aujourd’hui son projet le plus ambitieux et un point culminant dans sa carrière.

Ça vous met l’eau à la bouche? Alors visionnez-le!

Bref, pourquoi en parler dans un journal de psychologie et quel est le rapport avec le faux self?

Tout d’abord, petite définition du Self par Jean-Yves Flament, psychologue clinicien:

« Notion introduite par Donald Woods Winnicott, le Self est à la fois le Moi, le ça et une partie du Surmoi. C’est la partie la plus créatrice de notre personnalité, c’est celle qui imagine, qui joue. C’est le fondement du symbole, qui nous donne le sentiment d’exister. C’est ce que nous reconnaissons comme étant nous-même, nous représentant spécifiquement. Le Self nous donne l’impression de notre identité, de notre intimité. »

Et ce fameux Self se construit, pour Winnicott, dans le lien à l’environnement. Dès tout petit, le lien mère-enfant est le terreau de la construction du Self. Ainsi, la « mère suffisamment bonne » constitue un environnement bienveillant. Selon lui, il existe une membrane poreuse entre le vrai et le faux self. La santé mentale se trouverait alors dans l’équilibre et les échanges entre les deux, dans une forme d’homéostasie.

Plus concrètement, le « je » est capable de passer du « jeune professionnel sérieux » lors d’un entretient d’embauche, au « déluré enjoué lors d’un verre entre amis ». Et ce de manière appropriée. Loin de se fondre dans son environnement tel un caméléon, il s’adapte tout en restant lui même.

Zelig, ou le faux-self par Woddy Allen

Lorsque le faux self est un frein à l’adaptation, on dit qu’il protège le vrai self en le dissimulant. Nous pouvons établir cinq degrés d’organisation du faux self, c’est le plus pathologique qui est repris dans Zelig:

images.duckduckgo.com

Le faux self prend toute la place et la vrai personnalité est cachée. Cela donne l’impression bizarre que l’autre n’est jamais vraiment lui même. Il s’échappe comme de l’eau dans les mains. L’individu, quant à lui, subi ce handicap qu’il ressent comme une impossibilité d’être lui-même. Il est dans un vide existentiel, dans un « no-man’s land » comme le dit Hester McFarland Solomon .

 C’est ainsi que Zelig, face aux psychiatres, se retrouve à parler comme eux:

« I worked with Freud in Vienna. We broke over the concept of penis envy. Freud felt that it should be limited to women. »

Mais la farce va plus loin, puisque même ses traits physiques sont mis à contribution. Tel un caméléon, surnom donné par les médias, il se rend obèse parmi les obèses mimages.duckduckgo.comais aussi indien, chinois ou même nazis. Personnification du Faux-self, Zelig, joué par Woody Allen lui-même, critique tour à tour la psychiatrie, la société de consommation, les médias, le machisme: bref notre époque. Pour ne pas nous heurter de front, il la dépeint sous les traits de l’Amérique des Trente glorieuses, pas si glorieuse que ça.

Miroir, mon beau miroir…


Pour aller plus loin:

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